L'audience de ce lundi au Tribunal Militaire de Yaoundé dans le cadre de l'affaire Martinez Zogo a livré des révélations qui dépassent largement le seul assassinat du journaliste. L'ancien Directeur Général de la Recherche Extérieure (DGRE) Maxime Eko'o Eko'o a mis en lumière, à la barre, ce qui ressemble à un système de corruption méthodique entretenu par Jean-Pierre Amougou Belinga pour s'acheter des protections au sein des forces de sécurité.
Si les 2 millions de FCFA prétendument remis pour « faire taire » le journaliste Martinez Zogo avaient déjà défrayé la chronique, les chiffres révélés ce lundi donnent une tout autre dimension à l'affaire. Selon les déclarations d'Eko'o Eko'o devant le tribunal, Amougou Belinga aurait versé près de 23 millions de FCFA à Justin Danwe sur une période de cinq ans — un flux financier régulier qui s'apparente moins à une gratification ponctuelle qu'à une rente de fidélisation.
Le détail des versements révèle un protocole huilé : des financements d'anniversaires à hauteur de 3 millions de FCFA, et des « arrosages de galons » — comprenez : des cadeaux offerts à chaque promotion militaire — pour entretenir la bienveillance des officiers concernés.
Ce que décrit Eko'o Eko'o devant les juges, c'est un système d'achat d'influence méthodiquement construit par le patron du Groupe L'Anecdote au sein même des services de sécurité de l'État. Une architecture de corruption qui, si elle est confirmée, éclaire d'une lumière crue la capacité d'Amougou Belinga à mobiliser — ou à orienter — des ressources humaines au sein d'institutions régaliennes.
L'affaire Martinez Zogo prend, audience après audience, une ampleur qui dépasse le seul meurtre d'un journaliste. Elle devient le révélateur d'un système de connivences entre argent privé et pouvoir sécuritaire au Cameroun.