ENAM : L'école où l'on prépare l'avenir… des enfants du pouvoir

ENAM PCA Helen FEH KWANGA Les autres peuvent toujours frapper à la porte

Thu, 12 Mar 2026 Source: www.camerounweb.com

Les Camerounais dénoncent de plus en plus le favoritisme qui caractérise le concours de l’École Nationale d’Administration et de Magistrature (ENAM). Les résultats du dernier concours viennent donnent raison à ceux qui soutiennent cette institution qui forme les grands administrateurs du pays est prise en otage par les barons du régime RDPC au pouvoir depuis 1982.

ENAM : L'ÉCOLE OÙ L'ON PRÉPARE L'AVENIR… DES ENFANTS DU POUVOIR

Chaque année au Cameroun, c’est le même rituel national. Des milliers de jeunes prennent d’assaut les centres de concours de l’École Nationale d’Administration et de Magistrature. Certains arrivent à l’aube, d’autres ont voyagé toute la nuit depuis les villages, les quartiers populaires ou les campus universitaires.

Dans les sacs : des stylos, des fiches de révision, un peu d’espoir… et parfois toute l’espérance d’une famille.

Car au Cameroun, réussir le concours de l’ENAM, c’est un peu comme décrocher un passeport pour la République. C’est la promesse d’entrer dans la grande machine de l’État. Magistrat, administrateur civil, inspecteur du travail, greffier… bref, servir le pays.

Du moins en théorie.

Car chaque année aussi, les réseaux sociaux font circuler une autre liste. Une liste parallèle. Une liste qui amuse certains, qui indigne d’autres et qui fait soupirer beaucoup.

On y découvre que parmi les admis figureraient — hasard heureux ou miracle administratif — des fils, des filles, des cousins, des neveux de ministres, de directeurs généraux, de députés, de magistrats, de chefs traditionnels ou de hauts fonctionnaires.

Une coïncidence remarquable.

Une simple preuve, sans doute, que le talent est une affaire de famille.

Au Cameroun, il semble que l’intelligence se transmette génétiquement… surtout dans certaines familles bien placées dans l’organigramme de l’État.

Pendant ce temps, dans les quartiers populaires, les jeunes continuent de réviser.

Ils apprennent le droit administratif.

Ils mémorisent les textes.

Ils s’entraînent à rédiger des dissertations.

Et surtout, ils apprennent la plus grande leçon de la République camerounaise : la patience.

Car la République est une grande famille. Et comme dans toutes les familles, il y a des places réservées aux enfants de la maison.

Les autres peuvent toujours frapper à la porte.

Certains diront que ce ne sont que des accusations gratuites. D’autres rappelleront que les concours administratifs sont encadrés par des règles strictes.

Peut-être.

Mais une question revient chaque année, comme un refrain national :

Pourquoi retrouve-t-on si souvent les mêmes noms de famille… dans les listes d’admission ?

Pourquoi l’État semble-t-il produire une élite administrative qui ressemble étrangement à la reproduction presque parfaite de l’élite politique existante ?

La sociologie appelle cela la reproduction des élites.

Au Cameroun, certains parlent plus simplement de tradition administrative.

Quoi qu’il en soit, la morale de l’histoire est déjà connue.

Aujourd’hui, les parents gouvernent.

Demain, leurs enfants apprendront à gouverner.

Et les enfants des autres ?

Eh bien… ils continueront courageusement à composer les concours.

Parce que dans ce pays, l’espoir est la seule ressource qui ne manque jamais.

Chroniques du 237

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