Sur les hauteurs du Mont Fébé, là où Paul Biya lui-même travaillait son swing avant d'accéder à la magistrature suprême, une bataille d'une autre nature se joue en ce début d'année 2026. Dans une enquête exclusive publiée ce jeudi, Jeune Afrique lève le voile sur le litige foncier et administratif qui secoue le Golf Club de Yaoundé depuis que des membres du club ont découvert, en février dernier, des engins de terrassement en pleine action sur leur parcours. Derrière les bulldozers : un arrêté ministériel contesté, un vice de procédure juridiquement explosif, et une chaîne de légalité rompue depuis le 2 janvier 2026.
Pour saisir l'ampleur du problème, Jeune Afrique retrace l'historique du domaine. En 1969, l'État camerounais exproprie les terres du Mont Fébé pour y créer le Golf Club. En 1981, il met le terrain — alors 62 hectares — à la disposition du club par bail ordinaire. Un premier décret présidentiel vient ensuite retrancher 11 hectares pour le projet du Parcours Vita. En 2018, un titre foncier est établi sur les 51 hectares restants, correspondant à l'emprise actuelle du club.
À chaque modification du domaine — et c'est là l'essentiel —, c'est une signature présidentielle qui a validé l'opération. La chaîne de légalité était intacte. Elle se rompt, selon Jeune Afrique, le 2 janvier 2026, quand le ministre Henri Eyebe Ayissi signe un arrêté officialisant la rétrocession d'environ dix hectares prélevés sur le titre foncier de l'État. Un texte que les dirigeants du Golf Club affirment avoir été rédigé et signé sans visa ni approbation préalable du président de la République.
Les partisans du Golf Club interrogés par Jeune Afrique sont précis sur le fond du droit : dans le droit domanial camerounais, la rétrocession d'un terrain appartenant au domaine privé de l'État — qu'il s'agisse d'une vente aux enchères, d'une vente de gré à gré ou d'une affectation à un projet d'intérêt avéré — requiert dans tous les cas l'approbation préalable du chef de l'État. Or le domaine du Golf Club avait été accordé par décret présidentiel : un arrêté ministériel ne saurait le modifier unilatéralement.
Si ce vice de forme est confirmé par la justice, les conséquences seraient radicales : l'arrêté d'Eyebe Ayissi tomberait, les titres fonciers établis dans la foulée au nom de la bénéficiaire Thérèse Koa seraient nuls, et les travaux de terrassement devraient s'arrêter définitivement. Le Golf Club a d'ores et déjà engagé des démarches juridiques en ce sens.
Mais Jeune Afrique révèle qu'une issue politique est également envisagée avant que les tribunaux ne tranchent. Une audience de conciliation est prévue le 17 mars à la présidence de la République, autour du secrétaire général Ferdinand Ngoh Ngoh. L'enjeu est simple : éviter qu'un scandale foncier impliquant un ministre en exercice ne devienne une affaire judiciaire retentissante, dans un contexte où la question des titres fonciers illégaux empoisonne déjà le débat public camerounais.
Paul Biya, qui a connu ce golf avant même d'être président, pourrait bien être celui dont la signature manquante est au cœur de tout le problème — et dont la décision sera déterminante pour le résoudre.