À 93 ans, Paul Biya, l'homme qui dirige le Cameroun depuis 1982, n'est plus au top de sa forme. C'est même une prouesse qu'il arrive encore à marcher, à se faire entendre et à diriger le pays. À son âge, beaucoup de personnes seraient devenues méconnaissables.
La santé chancelante de Paul Biya engendre des absences prolongées et des séjours médicaux en Europe, notamment à Genève en Suisse. Là-bas où il est régulièrement transporté par son équipe médicale, il reçoit des traitements choc qui lui permettent de résister davantage au temps et de continuer par "servir" son pays.
Malgré sa démarche affaiblie et toutes les difficultés y associées, il s'accroche au pouvoir, soutenu par un régime qui interdit tout débat sur sa santé, que ce soit sur les réseaux, sur les médias ou dans les maisons.
Au palais de l'unité de Yaoundé, là où se trouvent Paul Biya et sa famille ainsi que ses collaborateurs directs, nos questions de savoir comment se porte-t-il ont toujours obtenu une seule et même réponse : il s'agit d'une question de sécurité nationale.
Il n'est pas rare d'entendre parler de « pilotage automatique » dans les quartiers et villes du pays. Cela s'explique par les absences répétées qui ont fini par mettre cet ensemble de mots dans la bouche des observateurs qui estime que le pays est en pilotage automatique. Un système politique qui fonctionne autour des allers-retours de Paul Biya, tout en maintenant une incertitude par rapport à sa succession.
Cela n'a pas empêché le Conseil constitutionnel à proclamer la victoire de Paul Biya en octobre dernier. Le chef du parti au pouvoir, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), a gagné largement devant Issa Tchiroma Bakary que tout le monde voyait comme le favori.
Mais alors, Paul Biya est-il toujours lucide ou est-il l'homme de la situation, lui qui est le plus vieux président encore en exercice dans le monde. À ce sujet, un diplomate, qui a rencontré dernièrement Paul Biya, a confié que « certes il (Biya, ndlr) a perdu sa motricité, mais son cerveau continue de fonctionner ». Le président français, Emmanuel Macron, a avoué la même chose à des journalistes dans l'avion après sa visite au Cameroun. Le physique ne répond plus, mais la tête si, peut-on croire.