Depuis des mois, la question taraude les partisans d'Issa Tchiroma Bakary : pourquoi leur candidat a-t-il quitté le Cameroun après la présidentielle d'octobre 2025, laissant le terrain à Paul Biya au moment précis où la bataille de légitimité se jouait ? La réponse, livrée en exclusivité par Jeune Afrique ce 17 mars 2026 dans une interview de Chris Manengs, ancien directeur de campagne de l'opposant, est aussi surprenante que cinglante : ce n'est pas Tchiroma lui-même qui a pris cette décision. C'est sa fille aînée.
Jeune Afrique révèle que selon Chris Manengs, la décision de faire sortir Tchiroma du Cameroun « prise par sa fille aînée sur un coup de tête, était assurément une décision néfaste ». Une phrase qui remet en cause toute la narration de l'exil comme choix stratégique délibéré du candidat pour préserver sa vie.
Pour Manengs, ce que cette révélation illustre, c'est une faille plus profonde : « Lorsque plusieurs centres d'influence apparaissent autour du candidat, on court le risque d'une fragmentation de la chaîne décisionnelle ». À l'heure la plus critique de la séquence postélectorale, c'est l'entourage familial — et non l'équipe stratégique — qui a tenu le gouvernail.
L'exil a brisé ce que l'emprisonnement n'aurait peut-être pas brisé
Jeune Afrique rapporte une analyse de Manengs qui mérite d'être méditée : pour le stratège, un Tchiroma emprisonné au Cameroun aurait peut-être été politiquement plus puissant qu'un Tchiroma en exil à Banjul. « Un leader emprisonné reste physiquement inscrit dans le combat politique national. Il devient un point de cristallisation pour ses partisans », explique-t-il. Et d'ajouter, non sans audace : si le régime avait réellement voulu l'arrêter à Garoua, « ce n'est pas une cinquantaine de civils rassemblés devant le portail qui aurait pu retenir le pouvoir de passer à l'acte ». Tchiroma avait encore une autorité réelle sur le terrain — son départ l'a volatilisée.