Après l'exil : Jeune Afrique interroge son ex-directeur de campagne sur l'avenir de Tchiroma

Capture D’écran 2026 03 17 124009 Image illustrative

Tue, 17 Mar 2026 Source: www.camerounweb.com

Six mois après la présidentielle d'octobre 2025, Issa Tchiroma Bakary est toujours en exil en Gambie, revendique toujours sa victoire, et annonce désormais son retour au Cameroun. Mais son destin politique est-il encore intact ? Dans une interview exclusive publiée ce 17 mars 2026, Jeune Afrique a posé la question directement à Chris Manengs — son ancien directeur de campagne, dont les chemins se sont depuis séparés de ceux du candidat. La réponse est nuancée. Et lucide.

« En politique, les trajectoires ne sont jamais définitivement brisées », répond Manengs à Jeune Afrique — avant d'enchaîner sur les trois conditions d'un retour : « la capacité à reconstruire une crédibilité, à clarifier la ligne politique et à reconstituer une base de soutien structurée ». Trois impératifs qui, formulés ainsi, sonnent comme autant de constats d'insuffisance sur la période écoulée.

Jeune Afrique pousse la question sur le terrain le plus inconfortable : Tchiroma s'est-il jamais vraiment détaché du pouvoir qu'il a servi pendant des années comme ministre de Paul Biya ? Manengs reconnaît la difficulté sans la nier : « Un acteur politique qui a longtemps évolué au sein d'un système doit se libérer psychologiquement de l'aura du pouvoir qu'il a servi. » Pour Tchiroma, cette transition « a été réelle, mais plus progressive que certains électeurs ne l'auraient souhaité » — ce qui signifie que le doute sur la sincérité de la rupture a coûté des voix.

Manengs livre à Jeune Afrique une autocritique rare sur la stratégie narrative de la campagne : « Plus un leader est investi d'une dimension symbolique forte, plus les attentes deviennent élevées en phase postélectorale. » En construisant autour de Tchiroma le récit de l'homme providentiel, l'équipe de campagne a elle-même durci les conditions de la victoire — et rendu la défaite d'autant plus difficile à gérer pour les militants.

« Le système politique camerounais est en mutation, et les cycles politiques ouvrent parfois de nouvelles fenêtres d'opportunité », conclut Manengs. Une ouverture prudente, qui ressemble moins à une certitude qu'à une consolation formulée par quelqu'un qui sait mieux que quiconque à quel point le terrain a changé.

Source: www.camerounweb.com