Au Sénat, Marcel Niat Njifenji a été remplacé. Il n'est plus le président de cette institution capitale à Yaoundé. Chantal Biya aurait eu son mot à dire, mais comment. Révélation d'un lanceur d'alerte du pays.
Il faut le dire sans détour, ce qui se joue actuellement sur l'échiquier politique camerounais, notamment au Parlement, découle d'une décision de Chantal Biya. Cette dernière est désormais perçue comme la véritable régente du pays, c'est elle qui gouverne désormais le Cameroun, son mari Paul Biya étant affaibli par le poids de l'âge et la maladie.
Avec la désignation de Théodore Datouo comme président de l'Assemblée nationale sous l'impulsion de la première dame, la région de l'Ouest perd d'office la présidence du Sénat. Datouo étant originaire de cette région, l'Ouest ne peut cumuler la présidence des deux chambres du parlement. La "région du soleil couchant" va donc se voir déposséder de la présidence de la Chambre haute.
L'actuel président du Sénat, Marcel Niat Njifenji, est également remplacé par le lamido de Rey-Bouba, Aboubakary Abdoulaye, actuel premier vice-président du Sénat. Les mêmes sources précisent qu'il s'agit d'un jeu de chaises musicales orchestré par Chantal Biya pour positionner ses pions, afin de se maintenir au pouvoir ad vitam aeternam et d'écarter l'Ouest de la succession au sommet de l'État.
« L'objectif est de retirer à l'Ouest la succession constitutionnelle. En installant Datouo à l'Assemblée nationale, Niat est mécaniquement débarqué du Sénat. Ainsi, l'Ouest ne pourra plus assurer l'intérim en cas de vacance à la présidence de la République. Chantal Biya veut s'assurer que la transition se déroule selon ses vœux. Son but est de favoriser Ferdinand Ngoh Ngoh ou son fils Franck Hertz », nous confie l'une des sources.
C'est dans cette logique que l'ordre a été donné au Comité central du RDPC d'instruire les députés RDPC, majoritaires au parlement, de porter Datouo à l'Assemblée et Aboubakary Abdoulaye au Sénat.
Il convient de préciser que Théodore Datouo est le "fils politique" de la défunte mère de Chantal Biya, Rosette Ndongo Mengolo, épouse Mboutchouang. Cette dernière fut d'ailleurs maire de la commune de Bangou, localité dont son mari était originaire.
C'est la défunte mère de la première dame qui a bâti la carrière politique de Datouo. Son précédent poste de vice-président de l'Assemblée nationale lui avait déjà été attribué sur instruction de Chantal Biya. C'est également lui qui a supervisé de bout en bout le chantier du nouvel immeuble de l'Assemblée nationale avec les Chinois, permettant à la première dame de garder la haute main sur ce projet.
Théodore Datouo est donc un membre clé du clan "Nanga", qui s'oppose au clan "Bulu" pour la prise du pouvoir après Paul Biya. Il en va de même pour le lamido de Rey-Bouba, Aboubakary Abdoulaye, que la première dame impose désormais à la tête du Sénat.
C'est donc ce que plusieurs observateurs appellent un « coup d'État » de Chantal Biya à son époux, imposer sa volonté et la faire passer au-dessus de celle de son mari qui n'a plus la force de résister, ni de dire non. Chantal Biya et les personnes avec qui elle travaille se préparent donc à assurer la gestion du pays à la minute où son mari serait annoncé mort. À bien y penser, il s'agit effectivement d'un coup de force et d'imposition anticonstitutionnel.