Une plainte a été déposée au tribunal militaire par Aba’a Oyono contre le patron des renseignements, Jean Pierre Ghoumo. L’universitaire et juriste ainsi que son épouse avaient déja porté plainte au civil à la DGRE et réclament 6 milliards de francs CFA. Notre rédaction a mis la main sur le document contenant la plainte faite au pénal.
En date du samedi 25 octobre 2025, jour non ouvrable, mon fils me fait savoir que ma résidence est cernée par de nombreux hommes en civil cagoulés et munis d'armes de guerre, aux environs de 7 heures. Tous étaient regroupés autour de trois véhicules parmi lesquels figurait une Pajero de couleur noire. Dans le calme le plus absolu, je me dirige vers le portail pour apprécier la situation.
Il m'est alors donné de constater, en lien étroit avec la filature dont je faisais l'objet des mois avant, qu'une quinzaine d'individus en civil et lourdement armés étaient autour de ma résidence. Dès que ces derniers se sont aperçus de ma présence, il y eut une agitation consistante, pour l'essentiel d'entre eux, à se planquer contre les murs des résidences voisines. C'est alors que j'entendis l'alerte ci-après : « L'oiseau rare est là ». Je pus alors observer que mon fils m'avant alerté de la situation était en échange houleux avec son ancien camarade de classe du collège François-Xavier-Vogt, en service à la DGRE, à Yaoundé du nom de Kuitche Kuitche Ben Sirac qui a le grade de lieutenant.
L'idée me vint alors d'échanger avec un autre agent, qui me reconnut visiblement en me lançant « bonjour grand Prof » en ces termes : « Je suis pleinement conscient de ce que l'on vous a envoyé m'arrêter. Nul besoin donc de vous dissimuler comme si vous recherchez un bandit de grand chemin. Je suis un universitaire à la libre pensée, connu et reconnu, qui assume ses propos et n'entend nullement faire preuve de lâcheté intellectuelle par la fuite. Pouvez-vous, au préalable, décliner vos identités respectives, me présenter une convocation à déférer à vos services, un éventuel mandat d'amener ou un mandat de perquisition ? ». Mon interlocuteur me retorqua qu'il n'était en possession d'aucun document de quelque nature que ce soit. Je lui demandai alors poliment d'aller chercher ces documents et de les présenter à mon domicile le lundi 27 octobre suivant afin que je puisse déférer à l'intention de sa hiérarchie de me voir. « Je suis un homme public et un opposant politique qui a un domicile parfaitement localisé ». Et ce fut mon propos terminal.
C'est ainsi que je réouvris mon portillon pour regagner l'intérieur de ma résidence. J'entendis alors un cri strident d'un jeune survolté qui lança : « Si vous n'ouvrez pas ce portail afin de déférer à mon ordre de nous suivre en embarquant dans le véhicule, nous allons vous abattre comme un chien ». Je n'eus même pas le temps de réagir à pareil propos d'une rarissime brutalité et insolent que le jeune agent surexcité lança une fois de plus à l'adresse de sa troupe en furie : « Encerclez toute cette concession et forcez le portail pour le capturer ».
Il s'en est alors suivi une violente bagarre à l'intérieur de mon domicile entre cette horde d'individus non identifiés et moi, mon épouse et mes trois garçons présents au moment des faits. Au bout de cinq minutes d'une bagarre intense, je fus porté de force et jeté comme un malpropre dans la Pajero de couleur noire. Le véhicule démarra alors en trombe, pendant que j'étais entouré à l'arrière par trois agents armés qui prirent la précaution de me cagouler, de me menotter aux pieds et aux mains placées à l'arrière de mon dos.
Durant le trajet, qui fut un véritable supplice, ces jeunes me rouèrent d'innombrables coups de poings et de pieds puis me couvrirent d'injures de toutes sortes. L'un des agents assis aux côtés du chauffeur demanda à son collègue de permettre la visibilité de mon visage. C'est un flash de téléphone portable qui m'indiqua alors que son utilisateur alertait sa hiérarchie sur l'exécution de la mission au moyen d'une vidéo de mon visage en sueur et à la peine. Ce fut un rare instant de respiration, car je suffoquais impitoyablement sous le tissu de cagoule sans perforation. D'ailleurs, en me filmant, il dira : « Patron, l'oiseau rare est capturé ».
Je fus une fois de plus cagoulé et l'interminable sale besogne de traitement inhumain et dégradant repris son cours. À titre d'illustration limitative, le chauffeur du véhicule se délectait à appuyer le pied sur l'accélérateur, freinait brusquement et reprenait le même mouvement de secousses pendant au moins dix fois pour me mettre mal à l'aise. Ce jeu macabre était répétitif durant le trajet et le chauffeur en profitait pour m'intimider l'ordre suivant : « Professeur, je ne veux plus jamais entendre votre voix et vous n'aurez plus l'occasion d'insulter Paul Biya à la télé. C'est terminé pour vous ».
À mi-parcours de la circulation du véhicule, l'on m'en sorti à trois reprises durant lesquelles l'un des agents me tenait par la gorge et les deux autres par les mains menottées en me permettant d'arpenter des marches des bureaux à l'effet probablement de rapporter la preuve que j'avais été capturé. Ce scénario prit fin lorsque je fus présenté au lieutenant-colonel en charge du service central de recherche judicaire du SED.