Les remplacements simultanés de Cavaye Yeguie Djibril (86 ans) et de Marcel Niat Njifenji (91 ans) ont ouvert une question que tout Yaoundé se pose : Paul Biya a-t-il décidé d'en finir avec l'ère des dinosaures ? Dans une analyse exclusive publiée ce 20 mars 2026, Jeune Afrique dresse la liste des prochains candidats potentiels à la retraite forcée — et les portraits qu'il en tire sont autant de bombes politiques en puissance.
En tête de liste, Jeune Afrique cite Martin Mbarga Nguélé, patron de la Direction Générale de la Sûreté Nationale (DGSN) — avec rang de ministre et de conseiller à la présidence. Il a 93 ans. Déjà en poste dans les années 1980, présent lors de la tentative de coup d'État de 1984, il avait ensuite occupé des postes d'ambassadeur au Brésil puis en Espagne pendant vingt ans, avant de redevenir en 2019 le premier policier du Cameroun. « Nombreux sont ceux qui verraient dans son remplacement le signal d'une modernisation de l'appareil policier », note Jeune Afrique. Paul Biya franchira-t-il ce pas ?
Moudiki, 87 ans : l'homme qui détient les secrets du pétrole camerounais
Second nom épinglé par Jeune Afrique : Adolphe Moudiki, 87 ans, patron de la Société Nationale des Hydrocarbures (SNH) — l'une des institutions les plus stratégiques et les plus opaques du régime. Le magazine révèle que Paul Biya « a jusqu'ici refusé sa mise à la retraite », car Moudiki est « détenteur des secrets du pétrole camerounais » et la SNH est « souvent considérée comme l'une des caisses noires du pouvoir ».
Jeune Afrique révèle également que depuis longtemps, Moudiki « a délégué à son épouse Nathalie, directrice juridique proche de Chantal Biya, la conduite effective des affaires courantes lors de ses nombreuses absences » — une situation « très critiquée » mais que Biya tolère, sans doute parce que la SNH est un instrument de contrôle politique que nul ne peut manœuvrer sans en connaître les ressorts intimes.
Jeune Afrique ne s'arrête pas là. Le Garde des Sceaux Laurent Esso, 83 ans, au gouvernement depuis 2004 et à la tête de la Justice depuis 2011, figure aussi dans les radars — d'autant qu'il a été évacué sanitairement en Europe en janvier 2025. Mais Biya semble vouloir le maintenir pour des raisons d'« équilibre des pouvoirs » et de poids dans la « stratégique région du Littoral ».
Enfin, Clément Atangana, 84 ans, président du Conseil Constitutionnel — celui qui a validé les résultats des présidentielles de 2018 et 2025 au nom de l'institution — apparaît comme le plus remplaçable politiquement. Sa santé est fragile, ses hospitalisations régulières en Europe sont connues. « Pour Paul Biya, un renouvellement pourrait être l'occasion d'envoyer un message politique », conclut Jeune Afrique.