Dans un contexte où la quasi-totalité des voix africaines s'indignent de la décision du Jury d'Appel de la CAF d'attribuer la CAN 2025 au Maroc sur tapis vert, une figure du football africain a choisi de prendre le contre-pied radical de l'opinion dominante. Joseph-Antoine Bell, légende du football camerounais et gardien de but de l'équipe nationale dans les années 1980-90, a livré une analyse qui tranche avec celle de la plupart de ses pairs — et qui, pour dérangeante qu'elle soit, mérite d'être entendue.
« Le procès doit être fait aux acteurs de la finale, pas à la CAF »
Pour Bell, le scandale ne réside pas dans la décision du Jury d'Appel — il réside dans ce qui s'est passé sur le terrain le 18 janvier à Rabat. « Ce qui est surtout inédit et dont personne ne parle, c'est le chaos qui a entouré cette finale, dû à une décision de l'entraîneur du Sénégal de demander à ses joueurs de quitter le terrain », dit-il. « C'est cela qu'il faut dénoncer. »
La sortie du terrain des Sénégalais, décrite par beaucoup comme une réaction légitime à un penalty controversé, est pour Bell un « manque de fair-play » inexcusable : « Ça ne se fait pas, quel exemple pitoyable pour les jeunes footballeurs ! »
Mais l'ancien international camerounais ne se contente pas de charger le Sénégal. Sa critique vise les deux finalistes avec la même sévérité : « Le Maroc n'est pas en reste. Il a accepté de jouer parce qu'il pensait gagner, jusqu'à son penalty raté puis les prolongations. Et quand le Maroc a vu finalement qu'il avait perdu, il a déposé une réclamation. C'est son droit, mais là aussi, c'est un manque de dignité sportive. »
Un équilibre dans le réquisitoire qui donne du crédit à son analyse : Bell ne prend pas le parti du Maroc, il dénonce le comportement des deux camps.
Sur la question du délai — beaucoup s'interrogeant sur le fait que la décision soit intervenue deux mois après la finale —, Bell est également en rupture avec l'indignation ambiante : « Pour rendre la bonne décision, la justice a besoin de temps, c'est normal. La décision a été rendue comme le règlement le prévoit. Elle est conforme aux textes. »
Sa conclusion est tranchante : « Le football africain est sali et c'est regrettable, mais il n'est pas sali par la décision de la CAF. Ceux qui l'ont prise ont fait leur boulot. »
L'analyse de Joseph-Antoine Bell ne plaira pas à tout le monde — et c'est précisément ce qui en fait sa valeur. Dans un débat dominé par l'émotion et par la solidarité régionale avec le Sénégal, sa lecture froide des responsabilités remet chacun devant ses actes. Ce qui s'est passé le 18 janvier à Rabat était du football africain à son pire — pas dans la salle où les juges ont délibéré, mais sur le terrain où des adultes ont oublié ce que le sport est censé enseigner.