Il fut un temps où Marcel Niat Njifenji dialoguait avec lui-même. Pas métaphoriquement — littéralement. Dans une révélation savoureuse et édifiante publiée ce 21 mars 2026, Jeune Afrique raconte comment, dans les années 1990, le futur président du Sénat cumulait simultanément les fonctions de vice-Premier ministre chargé de l'Eau et de l'Énergie et de directeur général de la Sonel — la société d'électricité du Cameroun. Ce qui lui permettait un exercice de gouvernance unique : écrire un courrier au nom de la Sonel recommandant à son ministère de tutelle — lui-même — de remplacer des équipements électriques. Il lui restait ensuite à « valider sa propre proposition, en faisant redescendre ses hautes instructions vers l'entreprise publique que lui-même dirigeait ».
Jeune Afrique présente cet épisode « avec un mélange d'admiration et d'ironie dans les cercles de pouvoir de Yaoundé » — et c'est précisément la bonne nuance. Cette anecdote n'est pas seulement drôle. Elle dit quelque chose de fondamental sur le système politique camerounais : la concentration des fonctions, l'absence de séparation des rôles, et la capacité d'un seul homme à occuper simultanément plusieurs centres de décision qui se contrôlent mutuellement. Niat Njifenji n'inventait rien — il incarnait, à sa manière, le fonctionnement d'un système construit autour de la loyauté plutôt que de la séparation des pouvoirs.
La tentative de coup d'État de 1984 : soupçonné, emprisonné, réhabilité
Jeune Afrique révèle un épisode beaucoup moins connu du parcours de Niat Njifenji. En 1984, au lendemain de la tentative de coup d'État manquée contre Paul Biya, l'ingénieur formé à Supélec en France est arrêté — soupçonné d'avoir transmis aux putschistes des informations sur le réseau électrique de Yaoundé. Incarcéré à Kondengui, il traverse selon plusieurs témoignages « une profonde détresse psychologique — au point qu'il aurait tenté de se donner la mort ».
Libéré faute de charges suffisantes, il sera progressivement réhabilité — et ce retour en grâce, « discret mais constant », le conduira vingt-neuf ans plus tard, en 2013, à la deuxième position dans l'ordre protocolaire de l'État camerounais. Une trajectoire qui, à elle seule, résume la nature d'un système où la disgrâce et la réhabilitation sont les deux faces d'une même médaille.