La visite du Pape Léon XIV au Cameroun du 15 au 18 avril 2026 est officiellement un voyage pastoral. Dans les faits, elle est devenue en quelques semaines le terrain d'un affrontement politique et symbolique d'une intensité rare. Dans une enquête exclusive publiée ce 22 mars, Jeune Afrique révèle l'ensemble des fronts sur lesquels ce bras de fer se joue — et les acteurs qui ont décidé d'utiliser la venue du Pape comme tribune.
La révélation la plus explosive de l'enquête : selon « plusieurs sources concordantes » citées par Jeune Afrique, Issa Tchiroma Bakary — qui continue depuis son exil en Gambie de revendiquer la victoire à la présidentielle d'octobre 2025 — « a adressé une correspondance confidentielle au pape afin de lui présenter sa lecture de la situation politique nationale et les griefs qu'il formule depuis le scrutin ». Une démarche diplomatique directe, au plus haut niveau spirituel, pour plaider sa cause auprès d'un interlocuteur dont l'autorité morale est reconnue bien au-delà des frontières religieuses.
Jeune Afrique révèle également que « dans son entourage, certains partisans envisageraient des manifestations à l'occasion de cette visite » — une perspective qui complexifie considérablement le travail des forces de sécurité camerounaises déjà mobilisées pour le dispositif papal.
La critique la plus frontale est venue de l'écrivaine Calixthe Beyala. Dans une publication devenue « virale » selon Jeune Afrique, elle s'en est directement prise à Léon XIV, l'accusant de venir « serrer la main des criminels ». Une formule incendiaire qui dit, en creux, la lecture que font certains intellectuels africains de cette visite : une validation implicite du régime Biya par la présence du chef de l'Église catholique dans le pays quelques mois après une présidentielle contestée et des violences postélectorales.
Jeune Afrique rappelle qu'avant Beyala, le père Ludovic Lado avait « publiquement alerté sur la portée symbolique d'une visite susceptible, selon lui, d'être interprétée comme une validation implicite du contexte politique actuel ». Le Saint-Siège a maintenu son déplacement — estimant, selon Jeune Afrique, que « les fragilités du pays justifiaient précisément une présence pastorale ».
Ce maintien s'est accompagné d'un geste préalable que le magazine décrit comme « guère passé inaperçu à Yaoundé » : le 9 mars, Léon XIV a nommé l'économiste camerounaise Vera Songwe membre ordinaire de l'Académie Pontificale des Sciences Sociales — un signal perçu dans la capitale comme une main tendue vers une figure africaine et camerounaise de premier plan, en amont d'une visite qu'il savait déjà controversée.