Samuel Eto'o Fils a un rêve caché : devenir le patron de la Confédération africaine de football (CAF). Avec les difficultés qu'éprouve le Sud-Africain, Patrice Motsepe, à la tête de l'instance dirigeante du football africain, une brèche semble se créer, mais des choses peuvent fermer la voix à la légende, ancien numéro 9 de l'équipe nationale camerounaise. Jean Ediegnie les rappelle dans une sorte de tribune que notre rédaction relaie.
Depuis quelques jours, un mouvement se dessine. Des appels, des encouragements, parfois même des injonctions : Samuel Eto’o devrait se présenter à la présidence de la CAF : « Vas-y, présente-toi à la CAF ». Dans un contexte marqué par la décision de la CAF ayant retiré le titre au Sénégal au profit du Maroc, certains y voient une opportunité, voire une revanche. L’élan est compréhensible, mais diriger une institution continentale ne relève ni de l’émotion, ni du réflexe de solidarité. Cela obéit à des équilibres, à des règles et à des exigences. Voici donc, avec lucidité, trois petites choses qu’il faut garder à l’esprit.
Une posture parfois en décalage avec l’institution. Samuel Eto’o est membre du comité exécutif de la CAF. Pourtant, récemment, il a publiquement posé cette question : « Comment restaurer la confiance des supporters africains envers leur CAF ? ». La question est légitime, mais elle interroge sur la posture. Peut-on appartenir à une institution et en questionner publiquement la crédibilité ? Dans les grandes organisations, les désaccords existent. Mais ils se gèrent avec retenue, dans des cadres appropriés. Car aspirer à diriger une institution suppose d’abord d’en incarner la stabilité.
Le précédent Guibaï Gatama et la gestion de la contradiction. Le cas Guibaï Gatama reste un épisode marquant. Voix critique au sein du comité exécutif de la Fecafoot, il a multiplié les prises de position dérangeantes, les recours, les dénonciations publiques. Avec le temps, cette posture a été jugée incompatible avec le fonctionnement interne. Il a été écarté. Mais une question se pose. Si, demain, Samuel Eto’o adopte une posture similaire au sein de la CAF, que se passera-t-il ? Les institutions, partout dans le monde, fonctionnent sur des équilibres. Elles tolèrent difficilement les oppositions frontales et répétées. Ce qui a été appliqué à un membre jugé dérangeant au niveau local peut, dans une autre configuration, s’appliquer à plus grande échelle.
Les exigences d’intégrité et les contraintes de crédibilité. La présidence de la CAF exige une intégrité sans contestation, une crédibilité internationale solide, une image rassurante pour les partenaires. Dans ce contexte, certains éléments connus du public peuvent peser une condamnation en Espagne (même non exécutée juridiquement), des dossiers évoqués à l’international, notamment autour de certaines opérations financières, des controverses liées à la gestion de certains matchs à l’étranger. Même en l’absence de blocage juridique automatique. Ces éléments peuvent influencer les perceptions. Or, à ce niveau, la perception compte autant que les faits. À cela s’ajoute une réalité souvent ignorée, la CAF fonctionne sur des alliances, des équilibres politiques et des rapports de force. Ici, on ne décide pas avec le cœur. On décide avec des intérêts, des stratégies et des compromis.
Eu égard à tout ce qui précède, les appels à candidature relèvent souvent de l’émotion du moment. Mais une ambition continentale ne se construit pas sur l’émotion. Elle se construit sur la cohérence, la stabilité, la crédibilité. Samuel Eto’o reste une figure majeure du football africain. Mais entre être une icône et diriger une institution comme la CAF, il y a des exigences que seule la réalité institutionnelle peut valider.