Il faut oublier Paul Biya, il a vécu : Jean Bruno Tagne étrille les héritiers du régime et appelle à une reconstruction nationale

Paul Biya Le Regard Du Lion.png Image illustrative

Thu, 26 Mar 2026 Source: www.camerounweb.com

Dans une tribune libre publiée ce 26 mars 2026, le journaliste et observateur de la scène politique camerounaise estime que les prétendants à la succession n'ont pour ambition que de « perpétuer la culture de la jouissance » héritée de près d'un demi-siècle de biyaisme.

« Il faut oublier Paul Biya, il a vécu. » La formule, aussi brutale que définitive, émane de Jean Bruno Tagne. Dans une tribune libre publiée ce 26 mars 2026, le journaliste et observateur avisé de la scène politique camerounaise dresse un réquisitoire sans concession contre les successeurs putatifs du président Paul Biya, qu'il accuse de vouloir « récupérer le pays » sans aucune vision pour l'intérêt général.

Alors que les débats sur l'après-Biya s'intensifient, entre révision constitutionnelle et spéculations sur une éventuelle transition, Tagne appelle à une rupture franche avec un système qu'il juge moribond.

Pour Jean Bruno Tagne, le problème ne réside pas dans la légitimité des prétendants à vouloir diriger le Cameroun, mais dans leurs motivations profondes. « Ils veulent simplement récupérer le pays, y compris par des tours de passe-passe constitutionnels, pour être sûrs de créer les conditions qui leur permettraient de continuer à jouir impunément des inestimables richesses pillées avec la bienveillance du président finissant – ou fini –, c'est selon », écrit-il.

L'observateur dénonce une « culture de la jouissance » héritée de près d'un demi-siècle de biyaisme, que les héritiers présumés du chef de l'État entendent perpétuer sans jamais remettre en cause les fondements du système.

Un silence assourdissant sur les chantiers prioritaires

Le journaliste passe en revue les défis majeurs auxquels le Cameroun devra faire face après Paul Biya, et constate un vide sidéral du côté des successeurs putatifs. « Demandez-leur comment ils voient l'administration publique camerounaise post-Biya : ils ne vous diront rien », assène-t-il.

Même silence, selon lui, sur la revitalisation de la démocratie, le vivre-ensemble, la confiance dans les institutions, les infrastructures, l'eau, l'électricité, la diplomatie ou encore la lutte contre la corruption. « Qui a jamais fait une réforme qui le condamne lui-même ? », interroge-t-il, soulignant le paradoxe d'un système où ceux qui aspirent à prendre le pouvoir sont précisément ceux qui en ont bénéficié.

Paul Biya, un « échec » à l'aune de ses héritiers

Jean Bruno Tagne porte un jugement implacable sur le bilan du président sortant. « On reconnaît qu'un chef a réussi à la qualité de ses héritiers et de ceux qui se réclament de lui », écrit-il. Or, selon lui, les ayants droit du régime ne sont pas à la hauteur. « Devenu vieux et diminué, ses ayants droit reprennent la main, en bons régents, et assurent la continuité de l'État sans que personne ne soupçonne qu'il est désormais inapte à diriger lui-même. Vu sous ce prisme, Paul Biya a lamentablement échoué. »

L'observateur estime que si le président avait véritablement formé des hommes d'État, ceux-ci se seraient rassemblés pour « penser la reconstruction du pays et poursuivre l'œuvre du maître », au-delà de leurs différends personnels.

« Le Cameroun est couché de tout son long »

Dans un style percutant, Jean Bruno Tagne esquisse le diagnostic d'un pays à l'arrêt. « Le Cameroun, lui, puisqu'il est au-dessus de tout le monde, ne doit pas attendre. Il n'est plus seulement dangereusement penché : il est couché de tout son long. »

Pour lui, l'après-Biya doit être une « occasion historique de reconstruction générale du pays sur des bases saines ». Il appelle des « bras courageux, volontaires et patriotiques » à se saisir de cette opportunité, car « tous les chantiers sont urgents ».

Une voix qui dérange

La tribune de Jean Bruno Tagne s'inscrit dans une série de prises de position de plus en plus audacieuses d'observateurs et d'opposants camerounais, à mesure que la question de la succession de Paul Biya devient incontournable. Déjà en mars 2026, le professeur Jean Calvin Aba'a Oyono dénonçait la « confiscation du pouvoir » et la « paralysie stratégiquement programmée des partis politiques ».

Avec cette charge frontale, Tagne franchit un cap supplémentaire en appelant explicitement à « oublier » le président en exercice, alors que celui-ci est toujours en fonction et que son parti, le RDPC, contrôle l'essentiel des institutions.

Reste à savoir si cette tribune, largement partagée sur les réseaux sociaux, provoquera une réaction des autorités ou alimentera davantage le débat sur l'avenir politique du Cameroun.

Source: www.camerounweb.com