En échouant à reconduire le moratoire sur les droits de douane numériques, la conférence ministérielle de l’OMC au Cameroun fragilise les pays émergents. Selon les exclusivités de Jeune Afrique, l’Inde et le Brésil ont fait capoter les négociations, laissant l’Afrique face à un vide juridique préoccupant.
L’échec retentissant de la conférence ministérielle de l’OMC à Yaoundé n’est pas seulement un revers diplomatique. C’est aussi, selon les informations exclusives de Jeune Afrique, une victoire en trompe-l’œil pour les pays émergents, mais un coup dur pour les États africains qui craignent désormais une fragmentation du commerce numérique mondial. Faute d’accord, le moratoire interdisant les droits de douane sur les échanges numériques dématérialisés, en vigueur depuis 1998, a expiré.
Jeune Afrique révèle que les tensions de dernière minute ont opposé le Brésil, l’Inde et les États-Unis. Alors qu’un compromis sur cinq ans semblait se profiler dimanche, Brasilia a bloqué toute reconduction au-delà de deux ans, liant ce dossier à l’absence d’avancées sur l’agriculture. Une stratégie que les diplomates présents à Yaoundé ont qualifiée, selon Jeune Afrique, de « prise d’otage » des négociations.
Pour les économies africaines, cette situation est inédite. Jeune Afrique a pu consulter une note interne de la Commission de l’Union africaine qui estime que « l’expiration du moratoire expose les États à des décisions unilatérales, risquant de fragmenter le marché numérique continental ». Contrairement à l’Inde ou au Brésil, peu de pays africains disposent d’une fiscalité numérique prête à être appliquée immédiatement.
L’Afrique du Sud, le Nigeria et le Kenya, pourtant moteurs sur ces sujets, n’ont pas réussi à peser face aux blocs constitués. Jeune Afrique a appris que plusieurs délégations africaines ont tenté une médiation de dernière minute, mais sans succès. « Nous avons été pris entre des intérêts qui nous dépassent », confie un négociateur ouest-africain sous couvert d’anonymat à Jeune Afrique.
En l’absence de cadre multilatéral, chaque pays pourrait désormais imposer ses propres taxes sur les services numériques (streaming, cloud, publicité ciblée). Une perspective inquiétante pour les start-up et consommateurs africains, prévient Jeune Afrique, car elle risque de renchérir l’accès aux technologies et de freiner l’intégration commerciale du continent.