Selon les révélations exclusives de Jeune Afrique, l'ancien président de l'Assemblée nationale a tenté de conserver d'anciens véhicules de fonction et a adressé une liste de proches à recommander à son successeur. Une séquence virale qui illustre la difficulté de tourner la page du biyaisme.
La vidéo, enregistrée lors de la visite de Théodore Datouo à Cavayé Yéguié Djibril le 17 mars 2026, est devenue virale sur les réseaux sociaux. On y voit l'ancien président de l'Assemblée nationale discuter âprement du sort des véhicules de fonction, cherchant à conserver les modèles les plus anciens tandis que le secrétaire général de la chambre lui rappelle que ces biens reviennent désormais à son successeur. Jeune Afrique, qui a eu accès aux coulisses de cette passation, révèle que Cavayé Yéguié Djibril est allé bien plus loin : il a adressé à Théodore Datouo une liste de personnes qu'il lui recommande de conserver au cabinet de la présidence, une tentative d'influencer la composition de la nouvelle équipe dirigeante.
Cette séquence a mis en lumière l'étendue des privilèges réservés aux anciens présidents des chambres parlementaires camerounaises. Jeune Afrique détaille ces avantages : pour le président de l'Assemblée nationale, une pension à vie non imposable de 18 millions de FCFA par an, soit 1,5 million par mois, assortie d'indemnités mensuelles pour l'eau (150 000 FCFA), l'électricité (250 000 FCFA) et le téléphone (250 000 FCFA). S'ajoutent une dotation de 1 000 litres de carburant, une résidence de grand standing meublée et entretenue par l'Assemblée, ainsi qu'un véhicule de luxe renouvelé tous les dix ans. Au Sénat, les avantages sont tout aussi substantiels, avec une pension identique, une indemnité de logement de 6 millions par mois, une dotation de souveraineté de 20 millions par an, sept véhicules, une unité de sécurité de 12 personnes et un personnel de résidence de 21 agents.
Face à cette tentative de l'ancien président de l'Assemblée de conserver des prérogatives au-delà de ce que prévoient les textes, Théodore Datouo a choisi pour l'instant de laisser le soin au secrétaire général de la chambre, André Noël Essian, d'examiner les questions de patrimoine et des avantages à verser à son prédécesseur. Jeune Afrique rapporte que le nouveau président, absorbé par les projets de loi à venir, la participation de l'Assemblée à la conférence ministérielle de l'OMC et la prise en main d'une institution minée par des années de gouvernance erratique, n'a pas encore officiellement répondu à la liste de recommandations transmise par Cavayé Yéguié Djibril.
Pour de nombreux observateurs, cette affaire dépasse le simple cadre des privilèges personnels. « Cette séquence met en lumière l'expression d'une volonté individuelle au détriment du respect des textes », analyse un politologue cité par Jeune Afrique. « Bien qu'il ait été débarqué de son poste, l'ancien président de l'Assemblée ne s'est pas encore départi d'une fonction qu'il a vraisemblablement confondue avec sa personne pendant de longues années. » La question qui agite désormais Yaoundé est de savoir si Théodore Datouo choisira de contrarier son prédécesseur, un geste qui serait interprété comme une rupture symbolique avec les méthodes de gestion du passé.
Alors que le nouveau président de l'Assemblée a déjà commencé à installer des membres de son premier cercle, avec l'économiste Isaac Tamba comme directeur de cabinet et Eric Djouhou Nana comme adjoint, les regards sont tournés vers les décisions à venir. Jeune Afrique souligne que ces choix sont particulièrement scrutés au moment où nombre d'observateurs réclament des actes symboliques pour réformer des institutions parlementaires considérées comme budgétivores. La même question se pose au Sénat, où Aboubakary Abdoulaye devra décider s'il maintient ou non les avantages de son prédécesseur Marcel Niat Njifenji.