Selon une enquête exclusive de Jeune Afrique, les privilèges garantis aux anciens présidents de l'Assemblée nationale et du Sénat pèsent lourdement sur le budget de l'État. Une situation qui relance le débat sur la nécessaire réforme des institutions parlementaires.
La passation de pouvoir à l'Assemblée nationale et au Sénat camerounais a remis sur le devant de la scène une question sensible : le coût des privilèges accordés aux anciens présidents des deux chambres. Jeune Afrique a pu dresser un inventaire détaillé de ces avantages, dont le montant total annuel atteint des sommes considérables. Pour l'ancien président de l'Assemblée nationale, Cavayé Yéguié Djibril, la facture comprend une pension à vie de 18 millions de FCFA par an, des indemnités mensuelles pour l'eau, l'électricité et le téléphone totalisant 650 000 FCFA, une dotation de carburant de 1 000 litres par mois, une résidence de grand standing meublée et entretenue, ainsi qu'un véhicule de luxe renouvelé tous les dix ans.
Au Sénat, les avantages accordés à Marcel Niat Njifenji, qui a présidé l'institution pendant plusieurs années, sont encore plus substantiels. Jeune Afrique révèle que l'ancien président du Sénat bénéficie d'une pension de 1,5 million de FCFA par mois, d'une indemnité de logement de 6 millions par mois, d'une dotation de souveraineté de 20 millions par an, de sept véhicules de fonction, d'une unité de sécurité composée de 12 personnes, d'un personnel de résidence de 21 agents, ainsi que de la prise en charge des voyages à l'étranger pour lui-même et quatre accompagnateurs, dont son épouse. À cela s'ajoutent des soins médicaux gratuits pour toute sa famille.
La polémique née autour de la vidéo de la passation à l'Assemblée nationale, où l'on voit Cavayé Yéguié Djibril tenter de conserver d'anciens véhicules de fonction, a mis en lumière un problème plus profond : l'absence de limite claire aux privilèges des anciens dirigeants parlementaires. Jeune Afrique rapporte que les textes actuels permettent à un ancien président de cumuler ces avantages sans aucune restriction de durée, créant ainsi une charge budgétaire permanente pour l'État. Cette situation est d'autant plus critiquée que le Cameroun fait face à des défis économiques majeurs et que des secteurs comme l'éducation ou la santé manquent cruellement de financements.
Face à cette réalité, Théodore Datouo, le nouveau président de l'Assemblée nationale, se trouve à un carrefour décisif. Jeune Afrique a appris qu'il a confié à André Noël Essian, secrétaire général de la chambre, le soin d'examiner les questions de patrimoine et des avantages à verser à son prédécesseur. Mais au-delà du cas Cavayé Yéguié Djibril, c'est toute la question de la réforme des institutions parlementaires qui est posée. Les observateurs attendent des actes symboliques de la part des nouveaux dirigeants pour démontrer leur volonté de rompre avec une gestion jugée budgétivore et opaque.
La même attente pèse sur Aboubakary Abdoulaye, le nouveau président du Sénat, qui devra décider du sort des avantages de Marcel Niat Njifenji. Jeune Afrique souligne que les choix de ces deux nouveaux responsables seront particulièrement scrutés par l'opinion publique, alors que la société civile et certains parlementaires réclament depuis des années une réforme en profondeur du fonctionnement des institutions. Réduire les privilèges des anciens présidents, clarifier les textes et instaurer des limites claires seraient autant de gestes forts qui enverraient un signal positif aux Camerounais, en cette période de transition politique marquée par les débats sur la succession de Paul Biya et la révision constitutionnelle.