Ngoh Ngoh-Motaze/ Vice-Présidence : dans les coulisses d'une bataille de succession qui fait rage à Yaoundé

Motaze Face Ngoh Image illustrative

Fri, 3 Apr 2026 Source: www.camerounweb.com

Il n'est pas encore nommé. Le poste n'est même pas encore officiellement créé — le congrès n'ayant pas encore rendu son verdict final. Et pourtant, la guerre est déjà déclarée. Depuis que Jeune Afrique a révélé en exclusivité la teneur du projet de révision constitutionnelle soumis par Paul Biya au Parlement réuni en congrès ce 2 avril, les clans qui se disputent l'ombre du Sphinx d'Etoudi se sont mobilisés comme jamais. La création d'un poste de Vice-Président n'est pas une simple réforme institutionnelle — c'est l'ouverture de la boîte de Pandore de la succession.

Premier dans la course, premier dans les tirs. Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général de la présidence et numéro deux officieux de l'État depuis des années, est à la fois le candidat le mieux positionné et le plus exposé. Selon les informations exclusives de Jeune Afrique, l'homme bénéficie déjà de certaines délégations de pouvoir présidentiel, entretient des liens étroits avec Chantal Biya et a méthodiquement placé ses hommes dans les rouages névralgiques du pouvoir. En privé, rapporte Jeune Afrique, il ne fait pas mystère de ses ambitions.

Mais cette visibilité même le fragilise. Ses ennemis sont nombreux, puissants et déterminés. Laurent Esso, le ministre de la Justice, et René Emmanuel Sadi, ministre de la Communication, figurent parmi les caciques du RDPC qui s'opposent farouchement à son élévation. Pire encore, il se heurte à un rival de l'intérieur, tapi dans le même palais présidentiel : Samuel Mvondo Ayolo, directeur du cabinet civil de Paul Biya et ancien ambassadeur du Cameroun en France, dont le clan travaille activement contre la nomination de Ngoh Ngoh.

En choisissant son secrétaire général, Paul Biya saurait qu'il s'exposerait à une fronde interne d'une ampleur rare. Le Sphinx ne l'ignore pas.

Derrière le refus de Ngoh Ngoh se structure, selon Jeune Afrique, un clan plus large, principalement ancré dans la région du Sud — celle du chef de l'État lui-même. Ce clan pousse ses propres pions : Samuel Mvondo Ayolo d'abord, mais aussi Louis-Paul Motaze, l'influent ministre des Finances. Des profils technocratiques, discrets, dont la nomination romprait cependant avec la tradition d'équilibre régional que Paul Biya s'est imposée depuis les années 1980.

Et puis il y a Franck Biya. Le fils aîné du chef de l'État bénéficie d'un mouvement organisé de soutien — les « Franckistes » — qui œuvre depuis des années à préparer son ascension politique. Mais Jeune Afrique est catégorique : l'hypothèse est jugée peu crédible, le fils du président n'ayant aucune expérience politique et la démarche s'apparentant trop ouvertement à une succession dynastique que les équilibres internes du pays ne sauraient absorber sans turbulences.

Ce que révèle Jeune Afrique au-delà des noms, c'est la nature profonde de ce qui se joue en ce moment à Yaoundé : non pas une simple nomination, mais un règlement de comptes différé entre les grandes factions du système Biya. Chaque clan sait que le vice-président d'aujourd'hui sera, selon toute probabilité, le président de demain. L'enjeu dépasse donc les personnes — il engage l'avenir du régime, de ses équilibres et de ses intérêts.

Dans ce contexte, Paul Biya joue sa partition finale avec la maestria froide d'un joueur d'échecs qui a toujours eu plusieurs coups d'avance. La question n'est pas seulement qui il va nommer. C'est aussi : à quel moment ? Car Jeune Afrique le souligne avec une précision qui change tout — le texte soumis au congrès stipule que le chef de l'État «peut» nommer un vice-président. Pas qu'il «doit». Le Sphinx peut encore choisir de ne rien faire. Et ce silence-là serait peut-être son coup le plus redoutable.

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