CAMEROUN — Après Divine et Mathis : le cri d'une société qui ne veut plus se taire

Grande Manifestation Yaounde Image illustrative

Fri, 3 Apr 2026 Source: www.camerounweb.com

Il y a des affaires qui déchirent le voile du silence. Qui forcent une société à se regarder en face, sans fard ni excuse. L'assassinat de Divine Mbarga Atangana, 11 ans, à Nkoabang, révélé et documenté en exclusivité par Jeune Afrique, est de celles-là. Parce qu'il ne s'agit pas seulement d'un crime isolé. Il s'agit du symptôme d'un malaise profond, d'une société camerounaise qui voit ses enfants mourir et se demande, angoissée, ce qu'il faudra encore pour que les choses changent.

Les détails que Jeune Afrique a recueillis dans cette affaire sont glaçants. Cette nuit-là, entre 23 heures et 3 heures du matin, des riverains de l'immeuble inachevé situé au «10e arrêt Nkoabang» ont entendu des cris. Des cris d'enfant. Pendant des heures. Et personne n'a bougé.

Selon les informations recueillies par Jeune Afrique, plusieurs riverains sont aujourd'hui entendus par les forces de sécurité pour non-assistance présumée à personne en danger. Une mise en cause qui, au-delà de ses implications judiciaires, pose une question d'une brutalité morale absolue : comment des adultes ont-ils pu entendre une enfant crier dans la nuit, pendant des heures, sans intervenir ?

La réponse est complexe. Elle touche à la peur, à la délation, au repli sur soi, à la culture de la non-implication dans les affaires des autres. Elle touche à ce que Jeune Afrique identifie comme l'une des fractures profondes de la société camerounaise contemporaine : l'effritement du lien de solidarité communautaire dans les quartiers populaires des grandes villes.

Parmi les détails que Jeune Afrique rapporte et qui résument à eux seuls la tragédie de cette nuit, il y en a un qui hantera longtemps les mémoires. La mère de Divine, sachant que sa fille était diabétique et insulino-dépendante, avait passé la nuit à la chercher — avec son insuline dans le sac. Elle avait emporté le médicament de sa fille parce qu'elle espérait la trouver vivante, parce qu'elle savait que chaque heure comptait.

Lorsqu'elle est arrivée sur les lieux, le corps de Divine était encore chaud. «J'ai cru qu'elle respirait encore», confie-t-elle à Jeune Afrique. Trop tard. L'insuline est restée dans le sac. Et avec elle, l'image d'une mère qui a tout fait pour sauver son enfant, face à un monde qui n'a pas fait le minimum pour la protéger.

Ce qui rend l'affaire Divine encore plus troublante, c'est le profil du suspect mis en cause. Selon les révélations de Jeune Afrique, Éric M. n'est pas un inconnu. C'est le père d'un camarade de classe de la victime. Un voisin. Quelqu'un que l'enfant connaissait, en qui elle avait peut-être confiance, ou du moins qu'elle ne craignait pas. C'est lui, selon les premières conclusions de l'enquête, qui aurait attiré Divine dans l'immeuble en chantier.

Ce profil — l'agresseur connu, familier, intégré dans l'environnement immédiat de l'enfant — correspond à une réalité que les spécialistes de la protection de l'enfance martèlent depuis des années : dans la grande majorité des cas de violences graves sur mineurs, l'auteur n'est pas un étranger surgissant de nulle part. C'est quelqu'un du cercle proche. Un voisin, un ami de la famille, un adulte de confiance. Cette réalité statistique, douloureuse à accepter, appelle une révolution dans la manière dont les familles et les communautés parlent de protection avec leurs enfants.

Mais si cette affaire a provoqué une onde de choc particulièrement forte, c'est aussi parce que la société civile camerounaise — et notamment sa jeunesse connectée — n'a pas accepté de laisser passer. Sur les réseaux sociaux, des milliers de voix se sont élevées, des hommages ont fleuri, des hashtags ont porté le prénom de Divine au-delà des frontières du Cameroun.

Jeune Afrique le note avec une attention particulière : cette mobilisation citoyenne, spontanée, sans leader ni organisation formelle, représente peut-être le signal le plus encourageant de toute cette affaire. Une société qui se révolte est une société qui n'a pas renoncé. Une société qui exige des comptes est une société qui croit encore dans la possibilité du changement.

Divine Mbarga Atangana avait 11 ans. Elle méritait de grandir. Le Cameroun a le devoir de faire en sorte que son nom soit le dernier à rejoindre cette liste insupportable.

Source: www.camerounweb.com