Il avait gardé le silence pendant près d'un an. Ce silence-là vient de prendre fin avec fracas. Le Professeur Maurice Kamto, président national du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC), a publié ce 3 avril 2026 une déclaration d'une violence politique rare, dans laquelle il qualifie la révision constitutionnelle en cours de «coup d'État constitutionnel et institutionnel» orchestré par le régime RDPC. Un texte fleuve, précis, documenté, qui risque de faire date dans l'histoire politique du Cameroun contemporain.
Kamto entre dans le vif du sujet sans détour. Pour lui, le Cameroun traverse aujourd'hui une «crise politique et institutionnelle sans précédent», masquée par les apparences d'une stabilité de façade. Sa démonstration est implacable : aucune des institutions désignées par voie électorale ne serait aujourd'hui légitime. L'élection présidentielle d'octobre 2025 est «gravement contestée». Les députés à l'Assemblée nationale «ne sont plus issus du suffrage populaire», leurs mandats ayant été prorogés. Les conseillers municipaux non plus. Et ces derniers auraient «transmis leur illégitimité» aux conseillers régionaux prétendument élus par eux fin 2025.
La conclusion est lapidaire : «Sous des dehors de tranquillité et de stabilité, notre pays connaît une crise politique et institutionnelle sans précédent. Dans le passé, on veillait à sauver les apparences. Aujourd'hui le roi est nu.»
Le parallèle Ahidjo-Biya : l'histoire qui bégaie en pire
L'un des passages les plus saisissants de la déclaration est celui dans lequel Kamto établit un parallèle historique entre la révision constitutionnelle actuelle et celle de 1979, par laquelle le président Ahmadou Ahidjo avait créé les conditions constitutionnelles permettant à son Premier ministre de l'époque — un certain Paul Biya — de lui succéder sans élection.
Aujourd'hui, dit Kamto, la mécanique est identique — mais en pire. Car le vice-président nommé qui deviendrait président pourrait lui-même nommer un vice-président, créant ainsi une chaîne de succession non élective potentiellement infinie. «On aurait pu dire que l'histoire se répète. Mais c'est donc en pire, car le Vice-Président devenu Président non élu pourra lui-même nommer un Vice-Président non élu. Ce n'est pas une régression, c'est un naufrage constitutionnel et politique.»
Le mot «naufrage» sonne comme un glas. Et il est difficile, sur le plan strictement juridique, de contester la logique de cette démonstration.
Kamto révèle dans sa déclaration un élément que beaucoup avaient minimisé à l'époque : le décret du 5 février 2019 portant délégation permanente de signature du président de la République au secrétaire général de la présidence. Un texte dont l'article 2, dit-il, stipulait que le SGPR «discriminerait lui-même les affaires qu'il estime opportun de réserver à la signature du Président de la République».
Pour Kamto, ce décret était déjà, en 2019, une transmission du pouvoir à bas bruit. La révision constitutionnelle de 2026 ne ferait que formaliser juridiquement ce qui existait déjà administrativement. «Dès 2018, le Président de la République en fonction savait qu'il n'était plus apte à diriger le pays», écrit-il sans ambages.
Face à ce qu'il appelle une «capture institutionnelle du pouvoir», Kamto ne se contente pas de dénoncer — il appelle à l'action. Le MRC annonce le lancement imminent d'une campagne de pétition en ligne, ouverte à tous les Camerounais «sans considération de bord politique», pour exprimer leur rejet de cette révision constitutionnelle.
Un appel au rassemblement qui, dans le contexte politique actuel, pourrait rapidement trouver un écho bien au-delà des seuls rangs du MRC.