Laurent Esso recadre les parlementaires et défend le projet de Biya sur la vice-présidence

Jean De Dieu Momo Laurent Esso Image illustrative

Sat, 4 Apr 2026 Source: www.camerounweb.com

Les débats au sein du congrès du Parlement camerounais réuni au Palais des verres de Yaoundé pour examiner la révision constitutionnelle ont connu un moment de haute tension ce jeudi. C'est le Ministre d'État, Ministre de la Justice et Garde des Sceaux, Laurent ESSO, l'une des figures les plus respectées et les plus redoutées du régime Biya, qui a pris la parole pour recadrer avec autorité les parlementaires visiblement tentés d'élargir le débat bien au-delà de ce que le Chef de l'État avait initialement prévu.

Le message de Laurent Esso est d'une clarté chirurgicale dès les premières secondes : «Le Chef de l'État n'est pas venu modifier toute la Constitution. Il a posé un problème, celui du Vice-Président.» Une phrase courte, sèche, qui referme d'un coup les velléités de certains parlementaires qui semblaient vouloir profiter de l'ouverture constitutionnelle pour glisser dans le texte des dispositions supplémentaires non prévues par le projet initial. Le Garde des Sceaux fixe le cadre : on est venu faire une chose précise, on fait cette chose précise, et rien de plus.

Anglophone, francophone : Biya décide, la Constitution n'a pas à le dire

Sur la question qui agite tous les esprits depuis l'annonce du congrès — celle de la nationalité linguistique du futur Vice-Président — Laurent Esso balaie d'un revers de main les tentatives de certains parlementaires d'inscrire dans le marbre constitutionnel une disposition sur l'alternance anglophone-francophone. Reconnaissant avoir «entendu dire qu'il pourrait être proposé qu'il y ait un anglophone et un francophone», le ministre oppose une fin de non-recevoir constitutionnelle claire :

«Le Chef de l'État est garant de l'intégrité nationale. Donc, il lui appartient d'apprécier, dans le cadre du texte proposé, comme il le fait d'ailleurs avec le principe de l'équilibre régional.»

Traduction : Paul Biya gère l'équilibre régional depuis quarante ans sans que la Constitution lui dise comment faire. Il n'a pas besoin qu'on lui rappelle dans un texte fondamental ce qu'il sait faire depuis toujours. «Il n'est pas nécessaire de mettre ça dans la Constitution pour qu'on sache que c'est un problème politique», conclut-il sur ce point, avec une formule qui dit tout sur la vision du pouvoir qui prévaut à Etoudi : certaines choses relèvent du politique, pas du juridique. Et le politique, c'est le domaine réservé du Chef de l'État.

«Que le Vice-Président soit rouge, vert, jaune» : la sortie qui fera date

Mais c'est peut-être une autre formule de Laurent Esso qui restera dans les mémoires de ce congrès. Évacuant d'un geste presque impatient les débats sur le profil du futur Vice-Président, le Garde des Sceaux lâche cette phrase qui a fait l'effet d'une douche froide dans l'hémicycle : «L'âge électoral, que le Vice-Président soit rouge, vert, jaune, ça, ce n'est pas le problème. Nous posons ici des principes.»

Une sortie qui, loin d'être anodine, traduit la philosophie profonde du régime face à ce débat : les questions d'identité, d'équilibre ethnique ou linguistique ne sont pas des principes constitutionnels — ce sont des variables politiques que le Chef de l'État manie à sa discrétion. Vouloir les constitutionnaliser, c'est empiéter sur les prérogatives de celui qui tient les rênes.

Cette intervention de Laurent Esso s'inscrit dans le rôle qu'il joue depuis des décennies au sein du régime : celui du gardien du temple, de l'homme qui dit le droit quand d'autres voudraient le plier. Vieux compagnon de route de Paul Biya, souvent cité parmi les opposants farouches à l'émergence de Ferdinand Ngoh Ngoh, sa prise de parole au congrès rappelle que dans la mécanique du pouvoir camerounais, certains hommes restent des piliers que rien ne semble pouvoir ébranler.

Son message aux parlementaires, en définitive, est celui-là : restez dans le couloir qu'on vous a tracé. Le reste ne vous regarde pas.

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