HISTORIQUE : Le Congrès adopte la création du poste de Vice-Président à une écrasante majorité

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Sat, 4 Apr 2026 Source: www.camerounweb.com

C'est fait. Le Cameroun entre dans une nouvelle ère de son histoire institutionnelle. Ce samedi 4 avril 2026, les députés et sénateurs réunis en congrès au Palais de Verre Paul Biya de Yaoundé ont adopté le projet de loi portant révision de la Constitution et créant officiellement un poste de Vice-Président de la République. Un moment solennel, quarante-deux ans après la suppression de cette fonction en 1984, qui redessine en profondeur l'architecture du pouvoir exécutif camerounais.

Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Sur 222 votants, 200 parlementaires ont approuvé le texte, tandis que 18 élus ont voté contre et que 4 se sont abstenus. Une majorité écrasante qui reflète le poids du RDPC dans les deux chambres, même si les voix discordantes — minoritaires mais réelles — témoignent d'une fissure dans l'unanimité de façade habituelle du parti au pouvoir.

C'est le Très Honorable Théodore Datouo, président du Congrès, qui a prononcé la formule historique : «Le Congrès adopte le Projet de Loi N°2094/PJL/P. En attendant sa promulgation par le Président de la République, le poste de Vice-Président est institué.» Une phrase courte. Un basculement immense.

Avec cette adoption, le Cameroun entre dans une présidence à deux personnalités clés : un chef de l'État élu et un Vice-Président nommé par lui. Mais la modification la plus lourde de conséquences touche à la gestion de la vacance du pouvoir. Jusqu'ici, en cas d'empêchement ou de décès du président, c'est le président du Sénat — actuellement Aboubakary Abdoulaye — qui assurait la continuité de l'État. Désormais, cette responsabilité constitutionnelle reviendra au Vice-Président, modifiant radicalement l'ordre de succession et donc les équilibres politiques au sommet de l'État.

La balle est désormais dans le camp de Paul Biya. Dans les prochains jours, le Chef de l'État devrait accomplir deux actes fondateurs : d'abord la promulgation de la loi constitutionnelle révisée, puis la nomination du premier Vice-Président de la République du Cameroun depuis 1984. Une nomination que le pays tout entier attend avec une impatience mêlée d'anxiété, tant les enjeux politiques, régionaux et successoraux qui s'y attachent sont considérables.

Plusieurs noms circulent avec insistance — anglophones et francophones confondus — mais le Sphinx d'Etoudi n'a pas encore levé le voile sur son choix.

Si la majorité parlementaire a voté sans trembler, la réforme continue de susciter une vive controverse dans la classe politique et parmi les leaders d'opinion. Du côté de l'opposition, les caciques dénoncent avec force un texte qu'ils estiment conçu pour «priver le peuple de son pouvoir décisionnel» en instaurant un mécanisme de succession non électif. Le professeur Maurice Kamto, président du MRC, a qualifié dès le 3 avril l'ensemble du processus de «coup d'État constitutionnel», annonçant le lancement d'une pétition nationale.

Au sein même du camp présidentiel, des signaux d'alerte ont retenti. L'absence remarquée du sénateur RDPC Charles Mbella Moki lors du vote, combinée à son message Facebook appelant les élites du Sud-Ouest à «se regrouper», et la sortie fracassante du sénateur René Ze Nguele qualifiant la réforme de «suspecte», rappellent que même derrière les chiffres rassurants du vote, des interrogations profondes demeurent.

Le Cameroun, souvent surnommé «l'Afrique en miniature» pour la diversité de ses peuples, de ses cultures et de ses géographies, vient d'écrire une page nouvelle de son histoire politique. Si cette réforme sera célébrée par les uns comme une modernisation bienvenue des institutions, elle sera contestée par les autres comme une manœuvre de conservation du pouvoir habillée en progrès démocratique.

Une chose est certaine : le nom du premier Vice-Président que Paul Biya s'apprête à nommer sera, plus qu'un simple choix personnel, un acte politique fondateur dont les conséquences se feront sentir bien au-delà du mandat en cours.

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