Révision constitutionnelle : Maurice Nounga dénonce une Constitution «rédigée par des Français» et jamais vraiment camerounaise

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Mon, 6 Apr 2026 Source: www.camerounweb.com

Sur le plateau d'Équinoxe TV dans l'émission Droit de Réponse, l'analyste Maurice Nounga a lâché une vérité qui dérange : le Cameroun n'a jamais rédigé sa propre Constitution. «Celle dont nous parlons aujourd'hui, et dont il est question de la révision, a été rédigée par Paul Oda et Jacques Rousseau, qui étaient des conseillers français», affirme-t-il sans détour. Depuis l'indépendance, le texte fondamental qui régit la vie de près de 30 millions de Camerounais n'aurait donc jamais été le fruit d'une démarche véritablement souveraine et consensuelle. Une «faillite de l'intelligence camerounaise», dit-il, qui pèse comme une ombre sur toutes les révisions qui s'en suivent.

Ce n'est pas la révision qui pose problème, c'est la méthode. Maurice Nounga reconnaît volontiers que modifier une Constitution n'a rien de condamnable en soi — la création d'un poste de Vice-Président était même annoncée depuis longtemps dans les cercles politiques et sur les plateaux de télévision. Mais dans un environnement multipartiste et pluraliste, marqué par des divergences profondes, il juge inadmissible que cette révision ait été menée sans consultation réelle des forces vives du pays. «Il aurait été souhaitable que les acteurs s'asseyent, discutent, et qu'au final, la voix du peuple soit réellement prise en compte», plaide-t-il.

Un chantier constitutionnel inachevé depuis l'indépendance. L'interpellation de Nounga va bien au-delà de la conjoncture. Elle pose une question de fond que peu osent formuler aussi clairement : le Cameroun mérite une Constitution que les Camerounais auront eux-mêmes construite, portés par leurs propres convictions, dans une démarche réellement consensuelle, malgré — et à travers — leur extraordinaire diversité. «Nous ne nous sommes jamais véritablement assis pour construire, nous-mêmes, ce texte fondamental», regrette-t-il avec une lucidité qui fait mal.

Une révision «pour les chefs de l'État», non pour le peuple. Le constat est sévère mais documenté : selon Nounga, les révisions constitutionnelles successives au Cameroun ont systématiquement servi les intérêts du pouvoir en place plutôt que les aspirations profondes des citoyens. La mécanique se répète — les chefs d'État révisent selon leurs besoins du moment, et le peuple reçoit le texte sans l'avoir ni voulu, ni discuté, ni validé.

Dans un Cameroun qui sort d'une semaine constitutionnelle historique et qui attend la nomination de son premier Vice-Président, la voix de Maurice Nounga résonne comme un rappel solennel : une Constitution n'est légitime que si elle appartient à ceux qu'elle gouverne. Le reste n'est que technique juridique au service du pouvoir.

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