Sur le plateau de Bnews1 dans l'émission Le Club, le politologue Claude Abe n'a pas pris de gants. Pour lui, la création du poste de Vice-Président constitue ni plus ni moins qu'une «grosse régression» pour le Cameroun. Son argumentaire est dévastateur : «Les Camerounais sont déjà habitués à vivre avec deux gouvernements. Il y a un gouvernement officiellement nommé et un autre à la présidence de la République.» Ajouter une vice-présidence à cet empilement institutionnel déjà opaque, c'est selon lui aggraver une architecture du pouvoir qui souffre depuis longtemps d'un excès de structures sans efficacité réelle.
Budgétivore et inutile. La charge de Claude Abe est double : financière et fonctionnelle. Dans un pays qui invoque régulièrement des «contraintes budgétaires» pour justifier la prorogation des mandats municipaux, créer une vice-présidence avec tout ce qu'elle implique en termes de protocole, de personnel, de moyens et de fonctionnement lui apparaît comme une contradiction flagrante. «Non seulement il est budgétivore, mais il ne sert à rien», tranche-t-il sans nuance — une formule qui résume le scepticisme d'une bonne partie de l'opinion camerounaise face à cette réforme.
La phrase qui fera date. Mais c'est sa conclusion qui a provoqué un électrochoc sur le plateau et au-delà. Répondant implicitement aux spéculations sur l'état de santé et la capacité du Chef de l'État à gouverner le pays, Claude Abe a lâché ce conseil aussi direct que politiquement explosif : «S'il se trouve que le Président de la République est déjà fatigué, la chose la plus simple est de démissionner.» Une phrase que peu d'analystes camerounais auraient osé prononcer publiquement, et qui dit en creux ce que beaucoup pensent en silence depuis des mois.
Dans un débat public camerounais traversé par les questions successorales et les manœuvres institutionnelles, la voix de Claude Abe tranche par sa brutalité assumée. Elle rappelle qu'au-delà des constructions juridiques et des équilibres politiques, il existe une question simple, humaine et démocratique que personne ne peut indéfiniment esquiver : un État n'est pas la propriété de celui qui le dirige.