Le cri de douleur de Marlyse Douala Bell : «Il va mourir bêtement simplement parce que personne ne veut faire son travail»

19794 Marlyse Rose Douala Bell090 Image illustrative

Mon, 6 Apr 2026 Source: www.camerounweb.com

Il y a des coups de gueule qui viennent du ventre, de la douleur brute, de ce endroit en soi où la dignité refuse de se taire. Celui que Marlyse Douala Bell a poussé ce jour sur le plateau de Canal 2 dans l'émission Canal Presse est de ceux-là. Une femme debout, les mots tranchants comme des éclats de verre, qui parle d'un jeune homme brillant fauché dans la fleur de l'âge par la double violence d'une route anarchique et d'un système médical défaillant. Une intervention qui a glacé le studio et embrasé les réseaux sociaux.

Elle commence par le portrait. Et ce portrait-là est insupportable à entendre précisément parce qu'il est celui d'un Camerounais accompli, d'un jeune homme que le pays aurait dû protéger et honorer. «Premier national au concours de pilotes, premier national au concours des enseignants de mathématiques, un aristocrate mais quelqu'un de très sociable et de très conciliant que tout le monde aimait», décrit Marlyse Douala Bell, la voix étranglée par un deuil que les mots peinent à contenir. Un jeune homme d'exception, qui «trouvait du temps pour tout le monde». Et qui est mort bêtement. «Simplement parce que personne ne veut faire son travail dans notre pays.»

La moto-taxi meurtrière, un fléau qui tue en toute impunité

L'auteur du drame a 18 ans. Il conduisait une moto-taxi. Après avoir percuté mortellement la victime, il a bousculé une autre femme, laissée elle aussi dans un état grave. Pour Marlyse Douala Bell, la responsabilité dépasse le seul conducteur : «Les personnes qui entretiennent les écuries de moto-taxis doivent être responsables de leurs organisations respectives», martèle-t-elle. Derrière chaque accident de moto-taxi, il y a une organisation, des responsables, une chaîne humaine qui a failli. Et cette chaîne-là, au Cameroun, n'est quasiment jamais tenue pour responsable.

Mais c'est le deuxième acte de cette tragédie qui arrache les larmes et soulève l'indignation. La victime est transportée à l'hôpital à 13h30. Un scanner est réalisé. Et le médecin ? Il est attendu entre 15h et 21h. Six heures d'attente pour un homme dont la vie se vide. «Évidemment, entre-temps il décède», lâche Marlyse Douala Bell avec une froideur qui dit l'horreur mieux que n'importe quel cri.

Cette réalité — un blessé grave qui attend un médecin pendant des heures dans un hôpital camerounais — n'est pas une exception. Elle est un quotidien que des centaines de familles vivent en silence, sans tribune, sans micro, sans Canal 2. Ce jour-là, Marlyse Douala Bell a parlé pour elles toutes.

L'apostrophe aux médecins : dignité ou démission

Sa conclusion s'adresse directement aux médecins camerounais, avec une franchise qui n'épargne personne mais qui sait nuancer. «Vous n'êtes pas tous pareils, je sais», concède-t-elle — avant de planter le fer dans la plaie : «Mais si vous avez choisi un travail aussi difficile, celui de réparer les carcasses qui se promènent sur terre avec nos âmes, prenez du temps, ne banalisez pas la santé de vos concitoyens. Soyez là quand ils ont besoin de vous.»

Et pour ceux qui auraient choisi la médecine par calcul social plutôt que par vocation, le verdict est sans appel : «Si vous n'êtes médecin que parce que vous étiez bon en maths et que vous vouliez de la considération sociale, alors ce n'est pas suffisant.» Une phrase qui résonne comme un rappel solennel du serment d'Hippocrate — ce texte fondateur que certains semblent avoir rangé dans un tiroir le jour de leur diplôme.

Dans un Cameroun politiquement saturé par les débats sur la Vice-Présidence et les révisions constitutionnelles, le coup de gueule de Marlyse Douala Bell rappelle avec une force brute qu'il existe une autre urgence — celle des vies qui se perdent chaque jour sur les routes et dans les couloirs d'hôpitaux faute de volonté, de présence et de professionnalisme. Des urgences que les constitutions ne résolvent pas, mais que la conscience humaine et professionnelle pourrait, si elle s'éveillait, commencer à réparer.

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