Le signal est aussi éloquent qu'inquiétant. À peine lancée, déjà attaquée. La plateforme en ligne de la «Pétition contre le coup d'État constitutionnel et institutionnel en cours au Cameroun», initiée par le Professeur Maurice Kamto, président du MRC, a été victime d'un piratage informatique quelques heures seulement après son lancement. Le leader de l'opposition camerounaise l'a annoncé lui-même dans un message publié sur sa page Facebook, en français et en anglais — signe de la portée nationale et internationale qu'il entend donner à cette mobilisation.
Ce qui rend cet acte de piratage particulièrement révélateur, c'est le timing. La plateforme n'avait pas eu le temps de vieillir. En une seule heure d'existence, elle avait déjà recueilli plus de 8 000 signatures. Un chiffre qui dit tout sur l'ampleur de la mobilisation citoyenne contre la révision constitutionnelle adoptée le 4 avril par le Congrès du Parlement. 8 000 Camerounais en soixante minutes — un rythme qui, s'il s'était maintenu, aurait produit en quelques jours un mouvement de protestation numérique sans précédent dans l'histoire politique du pays.
«La plateforme en ligne de la pétition que nous avons lancée a été hackée, alors même qu'elle avait déjà recueilli plus de 8 000 signatures en une heure», écrit Kamto, sans désigner d'auteur mais laissant à chacun le soin de tirer ses propres conclusions. Dans le contexte politique camerounais actuel — où le MRC dénonce un «coup d'État constitutionnel», où l'opposition est sous pression et où les outils numériques de mobilisation citoyenne font l'objet d'une surveillance accrue — la coïncidence est difficile à ignorer. Une pétition qui dérange, un piratage qui survient au moment précis où elle prend son envol : le message est dans le geste.
Les équipes techniques du MRC sont mobilisées pour rétablir la plateforme dans les meilleurs délais et en renforcer la sécurité. Kamto a remercié ses soutiens pour leur mobilisation, avant d'promettre de tenir l'opinion informée très prochainement. Une chose est certaine : loin de décourager les pétitionnaires, cette attaque risque fort de produire l'effet inverse — celui de galvaniser une opinion publique que rien n'énerve autant que de voir ses droits numériques bafoués. Censurer une pétition, c'est lui offrir la meilleure des publicités.
La question qui se pose désormais est simple et lourde de sens : qui avait intérêt à éteindre cette plateforme avant qu'elle n'atteigne les 100 000 signatures ?