Vice-Président: Jeune Afrique révèle comment Paul Biya a pris tout le monde de court, y compris ses propres alliés

SEM Paul Biya Image illustrative

Wed, 8 Apr 2026 Source: www.camerounweb.com

C'est le récit d'une séquence politique hors norme que Jeune Afrique reconstitue avec une précision d'horloger dans son édition du 8 avril 2026. Une séquence faite de secret, de précipitation, de confusion et d'une volonté présidentielle qui s'est imposée comme une évidence — même à ceux qui n'en connaissaient pas encore la teneur. Le résultat : une révision constitutionnelle historique adoptée en quatre jours chrono, laissant des traces dans les mémoires et des questions sans réponse dans les consciences.

Tout commence dans les entrailles de la présidence de la République, loin de tout regard extérieur. Selon les révélations exclusives de Jeune Afrique, le projet de loi soumis au Congrès du 2 avril a été entièrement préparé à l'abri des oreilles indiscrètes par la cellule juridique de la présidence. Ni les parlementaires, ni les cadres du RDPC, ni même les membres du gouvernement n'avaient été associés à sa rédaction. La convocation des députés et sénateurs, intervenue au pied levé le 1er avril — veille du congrès —, achève de peindre le tableau d'un projet mené tambour battant, sans concertation préalable d'aucune sorte.

Ce n'est qu'autour de 12h30 le 2 avril, lors de la conférence des présidents de commissions, que quelques élus triés sur le volet ont vu le texte pour la première fois. Face à eux, Laurent Esso, le fidèle Garde des Sceaux, assisté de Bolvine Wakata et de Jean de Dieu Momo. Mais à peine les documents ont-ils été distribués que des clichés pris au téléphone portable commençaient à circuler dans les couloirs, officialisant ce qui n'était encore qu'une rumeur : la création d'un poste de Vice-Président de la République. Jeune Afrique note que le choix de confier la défense du texte à un fidèle de la trempe de Laurent Esso rappelle directement la révision constitutionnelle de 2008, où c'est Marafa Hamidou Yaya qui avait joué ce rôle. Un signal fort sur l'importance que Paul Biya accorde personnellement à ce dossier.

Mais c'est un détail révélé en exclusivité par Jeune Afrique qui dit peut-être mieux que tout autre la nature précipitée de cette réforme : lors des travaux de la commission spéciale mise en place pour examiner le texte, les parlementaires ont relevé de multiples erreurs de forme sur le document. Des maladresses juridiques qui ont achevé de convaincre les élus que le texte avait été rédigé dans l'urgence — peut-être même que Paul Biya avait pris ses propres équipes de court en demandant l'introduction précipitée de ce projet de loi.

Cette précipitation n'a pas échappé au sénateur René Ze Nguele, qui l'a dénoncée publiquement depuis l'hémicycle avec une franchise rare pour un élu de la majorité : «La précipitation avec laquelle vous conduisez cette réforme est suspecte», a-t-il lancé en direct à la télévision nationale — une sortie que Jeune Afrique place au rang des moments les plus saisissants de ce congrès historique.

Derrière la mécanique apparemment bien huilée du vote, Jeune Afrique révèle le rôle clé joué par Théodore Datouo, nouveau président de l'Assemblée nationale, dans la mobilisation des élus. Le texte adopté, il s'est avéré que ce premier grand dossier législatif de sa présidence avait nécessité de sa part un intense travail de conviction en coulisses. Multipliant les rencontres dans son cabinet, rencontrant élus après élus, Datouo s'est montré «particulièrement actif» pour s'assurer que la majorité tienne, selon les informations recueillies par Jeune Afrique. Un baptême du feu réussi — mais non sans effort — pour l'homme que Paul Biya a propulsé à la tête de l'Assemblée nationale en mars dernier.

Le vote final donne 200 voix pour sur 280 membres du Congrès. Un chiffre qui, à première vue, laisse supposer une quarantaine d'absents ou de récalcitrants. Mais Jeune Afrique apporte une précision qui change le regard porté sur ce résultat : selon un membre de l'équipe de Théodore Datouo cité par le journal, «quelque 25 élus n'ont pas pris part à ce vote pour la simple raison qu'ils sont décédés». Des sièges vacants, des mandats prorogés mais dont les titulaires ont disparu — une réalité qui dit aussi, en filigrane, quelque chose sur l'état du Parlement camerounais après des années de gel du renouvellement des chambres.

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