Déclaration des biens: Paul Biya met la corde aux cou des voleurs de la république avant le remaniement

Paul Biya Collaborateurs Image illustrative

Wed, 15 Apr 2026 Source: www.camerounweb.com

Au milieu des débats sur la Vice-Présidence et les équilibres successoraux, une disposition de la révision constitutionnelle promulguée ce 14 avril 2026 par Paul Biya est passée presque inaperçue. Elle mérite pourtant une attention particulière. Le nouvel Article 66 de la Constitution camerounaise institue une obligation de déclaration de biens et avoirs d'une ampleur sans précédent dans l'histoire du pays — touchant non plus seulement quelques hauts responsables, mais l'ensemble de la chaîne du pouvoir, de l'État jusqu'aux entreprises publiques.

Le texte de l'Article 66 est sans ambiguïté sur l'étendue de cette obligation. Sont désormais tenus de déclarer leurs biens et avoirs au début et à la fin de leur mandat ou de leur fonction : le Président de la République, le Vice-Président, le Premier Ministre, les membres du Gouvernement et assimilés, le Président et les membres du Bureau de l'Assemblée Nationale, le Président et les membres du Bureau du Sénat, les Députés, les Sénateurs, tout détenteur d'un mandat électif, les Secrétaires Généraux des ministères, les Directeurs des administrations centrales, les Directeurs Généraux des entreprises publiques et parapubliques, les Magistrats, les personnels des administrations chargées de l'assiette, du recouvrement et du maniement des recettes publiques, et «tout gestionnaire de crédits et des biens publics».

La liste est impressionnante par son exhaustivité. Elle couvre l'ensemble du spectre du pouvoir exécutif, législatif, judiciaire et administratif — ainsi que le secteur public économique. En d'autres termes : si vous gérez des fonds publics ou exercez une responsabilité publique au Cameroun, vous devez désormais dire ce que vous possédez avant et après votre passage aux affaires.

La disposition n'est pas entièrement nouvelle dans son principe — un article sur la déclaration des biens figurait déjà dans la Constitution de 1996. Mais comme l'avait rappelé lors du congrès un observateur cité dans les débats parlementaires, sa mise en œuvre était «suspendue à la prise d'un texte d'application qui n'est jamais intervenu». En modifiant l'article 66 pour le rendre «directement applicable», la révision constitutionnelle de 2026 tente de refermer ce vide juridique qui avait transformé une belle déclaration de principe en lettre morte.

C'est la députée Nourane Fotsing, dans sa déclaration depuis le Palais des verres lors du congrès, qui avait salué cette disposition comme «une bonne chose» — soulignant qu'elle ne concernait pas uniquement le Président mais «plusieurs hauts responsables». Avec la promulgation de la loi, cette disposition est désormais constitutionnellement contraignante.

La portée réelle de cet article dépendra entièrement des modalités d'application que devra préciser une loi ultérieure — comme le prévoit le texte lui-même : «Une loi détermine les autres catégories de personnes assujetties aux dispositions du présent article et en précise les modalités d'application.» C'est là que réside le vrai défi. Car déclarer ses biens est une chose. Rendre ces déclarations publiques, vérifiables et opposables aux contrevenants en est une autre.

Dans un pays où la corruption reste endémique selon tous les indicateurs internationaux, et où les fortunes de certains hauts responsables contrastent violemment avec leurs émoluments officiels, l'Article 66 représente soit le début d'une révolution dans la gouvernance camerounaise, soit une promesse de plus inscrite dans le marbre constitutionnel mais sans lendemain opérationnel.

La différence entre ces deux horizons tient à une seule question : qui contrôlera les déclarations, et avec quelle indépendance ? Le Cameroun attend la réponse.

Un dernier détail mérite d'être relevé. En incluant explicitement le Vice-Président parmi les personnes soumises à l'obligation de déclaration de biens — aux côtés du Président de la République lui-même — la loi envoie un message clair à celui qui sera nommé dans les prochains jours : la transparence patrimoniale n'est pas optionnelle au sommet de l'État. Que ce message soit suivi d'effets réels ou qu'il rejoigne le cimetière des bonnes intentions constitutionnelles camerounaises, seul l'avenir le dira.

Source: www.camerounweb.com