Sucession de Paul Biya : comment la sortie de René Zé Nguélé a fait exploser les non-dits du RDPC

Ze Nguele Rene Ok Image illustrative

Wed, 15 Apr 2026 Source: www.camerounweb.com

Derrière la critique frontale du projet de vice-présidence, c’est tout le tabou de l’après-Biya que le doyen du Sénat a brisé. Jeune Afrique révèle les tractations internes qui ont précédé sa prise de parole.

À Yaoundé, le 7 avril 2026 restera comme la date où un cacique du régime a osé déchirer le voile de la bienséance. Lorsque René Zé Nguélé, sénateur RDPC et ancien ministre, a lancé depuis la tribune du Parlement réuni en congrès : « La précipitation avec laquelle vous conduisez cette réforme-là est suspecte », il n’a pas seulement critiqué un texte. Il a ouvert une brèche dans le système Biya.

Une révélation de Jeune Afrique permet aujourd’hui de comprendre les véritables ressorts de cette intervention. Selon nos informations exclusives, plusieurs jours avant le congrès, René Zé Nguélé a rencontré discrètement trois autres sénateurs historiques du RDPC, tous issus de l’Est du pays comme lui. Ensemble, ils ont échangé leurs craintes : le projet de vice-présidence, tel qu’il leur a été présenté sans débat préalable, ne viserait pas à stabiliser l’État, mais à verrouiller une succession dynastique en faveur de Franck Biya, fils du président.

Là où l’article de Jeune Afrique que nous prolongeons ici parlait de « tensions au sein du système Biya », nos révélations montrent que la sortie du doyen n’était pas un coup de colère isolé, mais une opération politique calculée. « René a joué son rôle de pompier pyromane, confie un cadre du parti sous couvert d’anonymat. Il a dit tout haut ce que 80 % des barons pensent tout bas : personne ne sait ce que fera ce vice-président, et surtout, personne ne veut d’un vice-président irrévocable qui pourrait devenir un concurrent. »

Jeune Afrique a également pu consulter une note interne, non officielle, circulant au sein du groupe parlementaire RDPC depuis le 10 avril. Celle-ci tente de recadrer l’interprétation des propos de René Zé Nguélé en les présentant comme « une contribution constructive au débat démocratique ». Mais dans les couloirs de la Chambre haute, le mot « trahison » a été chuchoté par certains fidèles de la première heure. Contacté, le sénateur n’a pas souhaité répondre à nos questions.

L’analyse de Jeune Afrique est claire : en s’attaquant au flou du texte (« Le vice-président va faire quoi ? Il va devenir quoi ? »), René Zé Nguélé a touché au nerf de la guerre. Car nommer un vice-président révocable « à merci », c’est créer une fonction d’attente, pas un successeur. En exigeant une stabilité institutionnelle, le doyen a implicitement dénoncé la volonté de la présidence de garder la main sur toute évolution du pouvoir. Une prise de risque majeure, à un an des échéances cruciales pour l’après-Biya.

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