Loin d’être une faille dans le régime, la critique de René Zé Nguélé serait un rôle écrit d’avance. Jeune Afrique lève le voile sur la dramaturgie parlementaire voulue par la présidence pour donner l’illusion du débat.
Et si la sortie tonitruante de René Zé Nguélé était en réalité la preuve de la solidité, et non de la fragilité, du système Biya ? Alors que l’opposition exilée a salué en lui « un homme du sérail capable de se hisser au-dessus de ses privilèges », une tout autre lecture émerge des sources consultées par Jeune Afrique. Celle d’une mise en scène parfaitement huilée, où la critique est un soupape et la fidélité, un postulat.
Dans l’article original de Jeune Afrique, le président du parti Univers, Prosper Nkou Mvondo, évoquait déjà un « théâtre institutionnel ». Aujourd’hui, nous pouvons révéler que plusieurs conseillers de la présidence, contactés sous couvert d’anonymat, confirment cette analyse : René Zé Nguélé a reçu, officieusement, une forme de « permis de critiquer » avant son intervention. Une tradition bien rodée au Cameroun, où Paul Biya tolère, de loin en loin, une parole discordante venant d’un « doyen » – un ami de longue date, inattaquable car irréprochable en termes de loyauté historique.
Notre enquête montre que la méthode est rodée. Elle permet trois choses. D’abord, donner un gage de « démocratie interne » au RDPC, alors que le texte de la vice-présidence est imposé sans véritable débat de fond. Ensuite, tester les réactions de l’opinion et des partenaires internationaux via une voix autorisée mais non engageante. Enfin, et surtout, renforcer le texte final : après avoir entendu les réserves du doyen, le président pourra apparaître comme celui qui tranche en responsable, fort du soutien de la majorité silencieuse.
Jeune Afrique a pu établir que, dans les 48 heures suivant l’intervention du sénateur, deux appels téléphoniques discrets ont eu lieu entre la présidence de la République et René Zé Nguélé. Le contenu exact de ces échanges nous est inconnu, mais une source proche du palais nous confie : « Il n’y a eu aucune sanction, aucune menace. On lui a simplement dit : “Tu as dit ce que tu avais à dire. Maintenant, le vote montre l’unité.” » Résultat : le doyen a voté le texte, comme l’écrasante majorité des élus.
La révélation de Jeune Afrique est donc la suivante : la critique frontale de la réforme n’était pas une défiance, mais un acte de thérapie collective autorisée. René Zé Nguélé a joué le rôle du contradicteur pour mieux démontrer qu’aucune opposition réelle n’existe au sein du sérail. En parlant de « maladie qui tue les États africains » ou de « canular », il a donné l’illusion du débat. Mais le résultat, lui, ne fait aucun doute : le projet de vice-présidence passera, sans une virgule modifiée. Et le système Biya, une fois de plus, montre sa capacité à digérer la critique pour mieux la neutraliser.