Visite de Léon XIV au Cameroun : les négociations secrètes du Vatican pour arracher la trêve à Bamenda

Pape Biya Image illustrative

Wed, 15 Apr 2026 Source: www.camerounweb.com

Derrière l'affiche officielle de la « visite de paix », Jeune Afrique révèle les tractations souterraines qui ont permis au pape d'obtenir trois jours de répit dans la guerre anglophone, et le prix caché de cet accord.

Quand Léon XIV posera le pied à Bamenda ce 16 avril, ce ne sera pas un simple geste pastoral. Ce sera l'aboutissement de mois de négociations secrètes que Jeune Afrique a pu reconstituer. Car obtenir une trêve de trois jours des groupes séparatistes en pleine guerre anglophone n'a rien d'une formalité. C'est un exploit diplomatique dont les coulisses n'avaient jamais été dévoilées.

Une révélation exclusive de Jeune Afrique : dès novembre 2025, soit cinq mois avant la visite, le Vatican a dépêché un émissaire discret à Buéa, puis à Bamenda, pour rencontrer des représentants du Conseil de gouvernement de l'Ambazonie (AGovC). Cet émissaire, un prêtre d'origine camerounaise basé à Rome, n'apparaît sur aucun document officiel. Son nom ? Monseigneur Simon Mbarga, ancien recteur d'un séminaire de Douala, aujourd'hui officier à la Secrétairerie d'État du Vatican.

Selon nos informations, Mbarga a joué un rôle clé. Il a porté une promesse ferme du Saint-Siège : en échange de la trêve, le Vatican s'engageait à aborder publiquement la question des « exactions contre les populations civiles », et non plus seulement à appeler à un retour à l'ordre constitutionnel. Une ligne rouge pour Paul Biya, mais que la diplomatie vaticane a su imposer discrètement.

Jeune Afrique a eu accès à un document interne de l'AGovC, daté du 28 mars 2026, qui détaille les termes de l'accord. On y lit : « Le Saint-Père reconnaîtra la souffrance spécifique des populations du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, sans toutefois prononcer le mot "Ambazonie". En contrepartie, nous garantissons la sécurité totale de sa personne et de son cortège. » Un compromis lexical qui permet à chacun de sauver la face.

Mais le prix de cette trêve est plus élevé qu'il n'y paraît. Une autre révélation de Jeune Afrique : le Vatican a également accepté de financer, via des fonds pontificaux non affectés, un programme d'aide humanitaire de 2,5 millions d'euros destiné aux déplacés internes du conflit. Une somme qui ne sera pas gérée par l'État camerounais, mais directement par les diocèses locaux, garantissant ainsi son acheminement vers les zones rebelles.

« Le pape Léon XIV est un pragmatique, confie une source diplomatique européenne basée à Yaoundé. Il sait que parler de paix sans arracher des gestes concrets ne sert à rien. La trêve à Bamenda, c'est son test grandeur nature. Si elle tient, il pourra se poser en médiateur crédible pour la suite. » Reste à savoir si Paul Biya, qui n'a jamais accepté de négocier officiellement avec les séparatistes, appréciera que le Vatican ait traité en son absence.

Source: www.camerounweb.com