Opalm-Novia-Prometal : les connexions cachées derrière la guerre de l'huile de palme au Cameroun

Palmerais.jpeg Image illustrative

Fri, 17 Apr 2026 Source: www.camerounweb.com

Alors que les raffineurs camerounais crient à la concurrence déloyale, Jeune Afrique révèle les liens financiers et logistiques méconnus entre Opalm et l'empire d'Hayssam El Jammal, et comment ce dernier pourrait bien tirer les ficelles d'une offensive qui menace de déstabiliser tout le secteur.

La guerre de l'huile de palme au Cameroun ne se livre pas seulement sur le terrain des prix et des quotas. Elle se joue aussi dans les bureaux feutrés des holdings et les circuits de financements croisés. Alors que les petits raffineurs crient à l'asphyxie face à l'offensive d'Opalm, une question taraude les observateurs avertis : qui se cache vraiment derrière ce nouvel acteur ?

Une révélation exclusive de Jeune Afrique permet aujourd'hui de lever un coin du voile. Selon nos informations, si Opalm affirme officiellement que Novia – la raffinerie d'Hayssam El Jammal, le patron de Prometal – ne figure pas dans son tour de table, les liens entre les deux entités sont bien plus étroits qu'annoncé. Jeune Afrique a pu consulter des documents douaniers et des contrats de préfinancement qui montrent qu'Opalm a bénéficié, à plusieurs reprises depuis 2024, de lignes de crédit consenties par des sociétés du groupe El Jammal, via des montages juridiques complexes impliquant des sociétés écrans basées à Dubaï et au Liban.

« Officiellement, Novia n'est pas actionnaire. Mais dans les faits, Opalm ne pourrait pas déployer son programme d'investissement de 45 milliards de F CFA sans l'aval tacite et le soutien financier discret du groupe Prometal », confie une source proche du dossier, sous couvert d'anonymat. Contacté, Patrice Yantho, le coordinateur du programme d'investissement d'Opalm, a réaffirmé que « Novia ne figure nullement dans le tour de table », sans toutefois répondre aux questions sur d'éventuels accords de préfinancement.

Jeune Afrique a également découvert qu'Hayssam El Jammal, via des acquisitions foncières discrètes dans la région du Littoral, prépare une intégration verticale de la filière. L'objectif : maîtriser la production, l'extraction, le raffinage et la distribution. Une stratégie qui inquiète au plus haut point les petits raffineurs, déjà fragilisés par la hausse des coûts d'importation.

« Avec un tel écart de coût – 550 F CFA le kilo d'huile locale contre 700 F CFA pour l'importée – celui qui contrôle la production locale tue les autres », résume un raffineur cité dans notre article initial. Et d'ajouter : « Si Opalm est le cheval de Troie d'El Jammal, alors c'est tout le système de régulation qui va voler en éclats. »

Jeune Afrique a pu établir que le ministère du Commerce, saisi par les raffineurs depuis deux mois, n'a toujours pas rendu d'arbitrage. Une source gouvernementale explique ce silence par « des pressions contradictoires » : d'un côté, les investissements d'Opalm sont présentés comme un gage de modernisation et de création d'emplois ; de l'autre, la disparition programmée de dizaines de PME de raffinage est politiquement explosive.

Le comité de régulation, chargé de répartir les quotas d'huile entre raffineurs, se retrouve face à un dilemme. Si Opalm et ses futures huileries – cinq unités à terme, pour 108 000 tonnes – ne se soumettent pas au système, le déséquilibre sera brutal. « Privées de cette ressource, elles craignent de faire tourner leurs unités en sous-capacité, si ce n'est de les arrêter », rappelait notre article.

Source: www.camerounweb.com