À la tête de l'OMP, ce responsable politique camerounais multiplie les offensives contre la révision constitutionnelle. Dernière en date : une requête devant le TGI du Mfoundi pour « protéger la Constitution » et empêcher Paul Biya de nommer un vice-président. Portrait d'un opposant qui joue sa crédibilité sur un coup de poker judiciaire.
Le personnage : Léon Theiller Onana n'est pas un inconnu du paysage politique camerounais. Président national de l'Organisation du Mouvement Patriotique (OMP), un parti légalisé mais sans représentation parlementaire, il s'est fait remarquer ces dernières années par une opposition résolue et méthodique au régime de Paul Biya. Sa dernière offensive : une requête déposée le 15 avril 2026 devant le Tribunal de grande instance du Mfoundi pour faire interdire la nomination d'un vice-président de la République.
La stratégie : L'OMP a choisi une voie originale dans l'opposition camerounaise : celle du contentieux constitutionnel préventif. Alors que d'autres partis – MRC, PCRN, UNDP – privilégient la rue, les médias ou la diplomatie internationale, Onana mise sur les juges. Sa requête, que Camerounweb.com a pu consulter, est un modèle de construction juridique : elle cite les textes, aligne les arguments et demande au tribunal d'« exhorter le Président de la République à faire échec à ce hold-up constitutionnel ».
Les motivations : Pourquoi cet acharnement judiciaire ? Selon des sources proches de l'OMP, Léon Theiller Onana est convaincu que la justice camerounaise – souvent accusée de docilité – peut encore surprendre. « Nous croyons en l'indépendance des juges, nous confie un cadre du parti. La Constitution est claire : nul ne peut devenir Président de la République sans être élu par le peuple. Si le tribunal nous donne raison, ce sera un séisme politique. »
Un pari risqué : Mais le pari est audacieux, voire périlleux. Le TGI du Mfoundi, situé en plein cœur de Yaoundé, n'a jamais été connu pour braver les volontés de l'exécutif. Les requêtes contre les décisions présidentielles y sont souvent déclarées irrecevables pour des motifs procéduraux. « L'OMP joue sa crédibilité sur cette affaire, analyse un observateur de la vie politique camerounaise. Si la requête est rejetée, Onana sortira affaibli. Si elle est acceptée, ce sera une première historique. »
Le timing : Le dépôt de la requête le 15 avril 2026 n'est pas anodin. Il intervient au lendemain de la promulgation de la loi instituant le vice-président, et en pleine visite du pape Léon XIV au Cameroun. Un moment où l'attention internationale est braquée sur Yaoundé, et où le régime est plus sensible que jamais à son image.
L'argument choc : Dans sa requête, l'OMP utilise une formule qui résume son combat : « Si le Président de la République venait à nommer un tiers au poste de Vice-Président nouvellement créé, il va sans dire qu'il acterait définitivement que l'on puisse présider à la destinée du Cameroun sans se soumettre au verdict des urnes. » Une phrase qui résonne comme un avertissement, à l'heure où les rumeurs sur une succession dynastique se font de plus en plus pressantes.
La suite : L'affaire est désormais entre les mains du président du TGI du Mfoundi. Si l'audience est fixée, Léon Theiller Onana aura réussi son pari médiatique. Reste à savoir si les juges oseront franchir le Rubicon. En attendant, l'OMP se prépare à toutes les éventualités. « Nous irons jusqu'à la Cour suprême s'il le faut », prévient un proche du dossier.