Le lanceur d'alerte Boris Bertolt vient de lever le voile sur une guerre souterraine qui agite en ce moment les cercles les plus fermés du pouvoir camerounais : une bataille rangée au sommet de l'État fait rage autour de la nomination du prochain patron de la Direction Générale de la Recherche Extérieure (DGRE) — le service de renseignement extérieur du Cameroun. Sans livrer de noms, Boris Bertolt confirme que les clans en présence se livrent une lutte sans merci pour placer leur homme à la tête de ce service stratégique.
L'enjeu est colossal. Contrôler la DGRE, c'est contrôler les oreilles de l'État — ses écoutes, ses réseaux d'influence à l'étranger, ses sources dans les chancelleries et les milieux de la diaspora. Dans un contexte de recomposition institutionnelle accélérée — révision constitutionnelle adoptée, Vice-Président à nommer, remaniement gouvernemental en vue — disposer d'un homme loyal à la tête du renseignement extérieur représente un avantage stratégique décisif pour le clan qui l'obtiendra.
La bataille est d'autant plus âpre que la DGRE est, depuis l'affaire Martinez Zogo, une institution profondément fragilisée. L'assassinat en janvier 2023 du journaliste Martinez Zogo — dont les investigations avaient mis en cause de hauts responsables de l'État — avait conduit à une véritable décapitation du service : plusieurs de ses cadres avaient été impliqués, arrêtés ou écartés, laissant l'institution dans un état de désorganisation et de discrédit dont elle ne s'est pas encore remise. Nommer un nouveau directeur général, c'est donc non seulement pourvoir un poste stratégique, mais aussi reconstruire une institution blessée — un mandat immense, qui explique que chaque clan veuille en confier les clés à l'un des siens.
Dans ce contexte de recomposition totale du sommet de l'État, la DGRE sera peut-être l'un des postes les plus scrutés du prochain remaniement. Qui en prendra les rênes dira beaucoup sur l'équilibre réel des forces à Etoudi.