Nouveau vice-président : une annonce vient de tomber

Coulisses Biya Mvondo Ce serait proche

Mon, 20 Apr 2026 Source: L’Indépendant n°1022 du 20 avril 2026

Au lendemain du voyage apostolique du Pape Léon XIV au Cameroun, l’imminence de la nomination d’un vice-président et la formation d’un nouveau gouvernement n’en finit plus d’angoisser le sérail, premières lignes de l’article publié par L’Indépendant, numéro 1022 du 20 avril 2026.

Le 14 avril dernier, le chef de l’État, Paul Biya, promulguait la loi n°2026/002 portant modification et complément de la Constitution du 2 juin 1972. Notamment, les trois lois adoptées par le Parlement le 4 avril dernier. Il s’agit de la Loi portant révision de la Constitution, modifiant les articles 5, 6, 7, 10, 53, et 66 de la Constitution du 2 juin 1972 ; la Loi sur le fonctionnement du Conseil Constitutionnel, modifiant et complétant la loi n°2004/004 du 21 avril 2004 ; ainsi que la Loi sur le Code électoral modifiant et complétant la loi n°2012/001 du 19 avril 2012. Adopté par le Parlement réuni en Congrès quelques jours plus tôt, le texte institue officiellement le poste de Vice-Président de la République, disparue depuis 1972, précise ses attributions et encadre les conditions dans lesquelles il peut remplacer le Chef de l’État. Avant cette révision, la Constitution de 1996 confiait les clés de l’intérim au Président du Sénat, en cas de vacance du pouvoir. Désormais, la hiérarchie est bousculée. Le vice-président devient la deuxième personnalité de l’État. Nommé directement par le décret du chef de l'État, ce « numéro deux » aura la lourde tâche d'assurer la transition en cas de décès, de démission ou d’empêchement définitif du président.

Contrairement au système de "ticket" à l'américaine, le futur titulaire du poste devra sa légitimité à la seule signature présidentielle, un détail qui, à Yaoundé, ne manque pas de faire réagir. Pour les stratèges du régime, cette réforme est une réponse pragmatique aux enjeux de stabilité. Dans un pays où la question de « l'après-Biya » alimente tous les débats, l'instauration d'une vice-présidence agit comme une assurance-vie institutionnelle. « L'objectif est d'éviter tout flottement au sommet de l'État. En cas de vacance, le passage de témoin est immédiat, automatique, et ne laisse aucune place au vide sécuritaire ».

Si la présidence martèle le mot « stabilité », l’opposition et une partie de la société civile grincent des dents. Pour les détracteurs du texte, cette réforme ressemble à un verrouillage du pouvoir. Le fait que le vice-président soit nommé et non élu est perçu par certains comme une mise à l'écart de la souveraineté populaire lors d'une éventuelle transition. Dans tous les cas, le chef de l’État dispose désormais d'un levier supplémentaire pour désigner, de son vivant, celui ou celle qui tiendra les rênes du pays. Le compte à rebours est donc lancé. Le texte est promulgué, mais le siège reste vide. Toute la classe politique est désormais suspendue à la parution du décret de nomination. Qui sera l'élu ? Un fidèle de la première heure ? Un technocrate au profil consensuel ? Ou une figure issue de la jeune garde ? A voir. En opérant ce virage à 180 degrés par rapport à l'héritage unitaire de 1972, l’homme du 6 novembre pose ainsi un acte hautement symbolique.

Code électoral modifié

L’adoption du texte créant le poste de vice-président de la République implique des ajustements du code électoral. C’est dans ce sens que le président Paul Biya a également promulgué, le 14 avril 2026, une loi modifiant et complétant certaines dispositions de la loi n°2012/001 du 19 avril 2012 portant code électoral au Cameroun. Avec cette signature, la version révisée du code électoral entre officiellement en vigueur. Le texte avait été adopté en avril 2026 par les députés et sénateurs réunis en congrès.

Les modifications introduisent de nouveaux articles et apportent des ajustements techniques visant à harmoniser la législation électorale avec la Constitution révisée. Elles portent notamment sur la clarification des procédures en cas de vacance du pouvoir. Devant la Commission des lois du Sénat, le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, avait défendu ces changements, le 5 avril, dont la révision de l’article 170.

L’on apprend que les conseils municipaux sont renouvelés tous les 05 ans à la même date. Toutefois, en cas de besoin, le président de la République peut, par décret, proroger ou abréger la durée du mandat des conseillers municipaux, après consultation du gouvernement et du Bureau du Sénat. À travers cette modification, le gouvernement entend se doter d’une large souplesse dans la gestion du calendrier électoral, tout en s’adaptant aux réalités politiques et économiques du pays.

Réforme du Conseil constitutionnel

La création du poste de vice-président de la République dans la Constitution a bousculé le fonctionnement du Conseil constitutionnel. Les nouveaux articles 38 et 39 de la loi sur le Conseil constitutionnel mettent désormais un accent sur les mécanismes liés à la vacance, à la démission et à l’incapacité permanente du président de la République. Il en ressort que c’est le vice-président qui saisit le Conseil constitutionnel pour faire constater l’empêchement définitif du chef de l’État.

En clair, le successeur désigné est celui qui tient le « bouton rouge » de la transition. Le point le plus percutant reste dans doute l’article 38 (4). Pour qu’un empêchement définitif soit acté, le Conseil constitutionnel doit désormais statuer à la majorité des deux tiers (2/3) de ses membres. Si les partisans du RDPC saluent une réforme qui garantit la « continuité de l’État » et évite les soubresauts d’un intérim fragile, les critiques y voient une « monarchisation » de la République. Le vice-président, n’ayant pas reçu l’onction du suffrage universel direct, disposera pourtant d’une légitimité légale bétonnée par ces nouveaux articles. En outre, la nouvelle constitution renforce certaines dispositions relatives à la responsabilité des hauts dirigeants, en confiant à la Haute Cour de Justice, la compétence de juger le président de la République, le vice-président et les membres du gouvernement pour des actes accomplis dans l’exercice de leurs fonctions.

Article 66

Soulignons que l’article 66 nouveau de la Constitution consacre la déclaration des biens des responsables publics. Cet article n’est plus un slogan ; c’est désormais une obligation légale immédiate. Le texte est d’une précision chirurgie. Il ne se contente pas de viser le sommet de la pyramide, il ratisse large pour englober tous les gestionnaires de la fortune publique. Selon le document, doivent désormais passer à la tabler : « le président de la République, le vice-président, le Premier ministre, les membres du gouvernement et assimilés, le président de l’Assemblée nationale, le président et les membres du bureau du sénat ».

Tous devront déclarer leurs biens et avoirs, en début et fin de fonction auprès de la Commission de Déclaration des biens et avoirs, créé en 2006. Si les 09 membres de cette Commission attendent d’être nommés, cette innovation est une de plus qui entre dans la batterie de mesures visant à lutter contre l’enrichissement illicite et la corruption.

Source: L’Indépendant n°1022 du 20 avril 2026