Affaire Aïcha Kamoise ou l'art de l'humiliation organisée

Mauvais Jour Pour Kamoise 'On dit du mal de vous, vous pensez que c'est faux, vous allez devant le juge'

Wed, 22 Apr 2026 Source: www.camerounweb.com

Présentée non comme un acte de justice, l’arrestation spectaculaire d’Aïcha Kamoise est une mise en scène destinée à intimider et à faire peur. Ceci s’explique par le choix de ne pas traiter l’affaire de diffamation en France, où elle réside, et une volonté délibérée d’humiliation publique. Cette pratique s’inscrit dans une logique de pouvoir autoritaire visant à dissuader toute critique, en exposant les individus pour envoyer un message à l’ensemble de la société. Il s’agit d’un abus de pouvoir, d’un usage de la force contre des citoyens ordinaires, et d’une illusion selon laquelle l’argent et l’influence peuvent garantir le respect. Ce type de comportement fragilise l’image de ceux qui l’exercent et rappelle que le pouvoir fondé sur la peur n’est jamais durable, car l’histoire finit toujours par sanctionner les abus.

Posons le décor. Aïcha Kamoise vit en France. Elle parle, elle commente, elle dit ce qu'elle pense comme des millions d'autres citoyens à travers le monde qui ont compris qu'une opinion n'est pas un crime. Et voilà que Monsieur Muriel Blanche dépose une plainte pour diffamation. Soit. C'est son droit. La loi existe pour ça. On dit du mal de vous, vous pensez que c'est faux, vous allez devant le juge. Simple. Propre. Civilisé.

Sauf que le problème n'est pas la plainte. Comprenons-nous bien. Personne ici ne plaide pour une liberté d'insulter sans conséquence. Non. Ce qui pose problème, c'est la manière. Ce choix délibéré, calculé, assumé d'organiser une arrestation en plein vol, en spectacle, caméras en main, pour que le monde entier voie et tremble.

Car voilà la vraie question : pourquoi ne pas avoir déposé une plainte là-bas, en France, là où Aicha vit, là où les juridictions compétentes auraient pu traiter le dossier dans les règles ? Pourquoi ce choix d'attendre qu'elle foule le sol camerounais pour frapper ? La réponse est simple et crue : parce que l'objectif n'était pas la justice. C'était le spectacle.

L'Arrestation comme Performance

Arrêter quelqu'un dans son avion, c'est une mise en scène. Ce n'est pas un acte judiciaire, c'est une démonstration de force. On choisit le moment le plus vulnérable entre deux pays, sans ses affaires, sans ses repères, sans son avocat à portée de voix pour claquer les menottes et appuyer sur "enregistrer". On filme. On diffuse.

Une diffamation, on dépose une plainte, et ça suit son cours. Non. Il fallait appeler en haut, faire stopper l'avion, et humilier en direct.

Ceux qui ont vécu l'ère Amougou Belinga se souviennent. Le même mode opératoire. On t'arrêtait. On te filmait. On envoyait les images au bon endroit pour que la peur se propage comme une traînée de poudre dans les rédactions, dans les foyers, dans les cerveaux des journalistes qui allaient peut-être, peut-être, oser parler. La leçon était claire : toi aussi, tu peux finir comme ça. Et beaucoup ont intégré la leçon. Silencieusement. Définitivement.

Aujourd'hui, on rejoue la pièce avec de nouveaux acteurs. Même scénario. Même logique. Même mépris pour la dignité humaine. Le rideau a changé, les marionnettes aussi mais la main qui tire les fils, elle, ne change pas.

La Mécanique de la Peur

Comprenons ce que l'on organise réellement quand on procède de cette façon. On n'est pas en train de défendre son honneur. On est en train d'envoyer un message à tous les autres : regardez ce qui arrive à ceux qui parlent mal de nous. C'est une leçon ouverte, publique, intentionnellement traumatisante.

On dit souvent que les dictatures opèrent dans l'ombre. C'est faux. Les meilleures dictatures opèrent en pleine lumière. Elles veulent qu'on voie. Elles ont besoin que ça se sache. L'humiliation privée n'a pas d'effet dissuasif. L'humiliation publique, elle, fait le travail de dix mille menaces murmurées. C'est économique. C'est efficace. Et c'est profondément lâche.

Organiser le "jambo", être cité ici et là dans des scandales, et puis arrêter les gens pour diffamation il y a là une ironie que même la fiction n'oserait pas écrire. On distribue des nudes, on exhibe ses propres turpitudes aux yeux du monde, et c'est celui qui en parle qu'on coffre ? L'autre répand l'obscénité, et c'est le commentateur qu'on menotte ? Qui manque de respect à qui, dans cette histoire ?

Le Syndrome des Muscles Visibles

Il y a une pathologie particulière chez certains hommes de pouvoir celle de vouloir montrer leurs muscles sur les citoyens ordinaires. Pas sur leurs égaux. Sur les sans-grades. Sur ceux qui n'ont pas d'armée, pas de réseau, pas d'argent pour payer les avocats qui font durer les procédures jusqu'à l'épuisement.

C'est ça, la vraie lâcheté. Pas l'audace du combat l'audace du combat inégal. On se croit fort parce qu'on écrase quelqu'un de plus petit. On confond la puissance avec la brutalité. On confond l'autorité avec la terreur. Et pendant ce temps, on se demande pourquoi l'image que le monde a de soi est celle d'un tordu.

Voici ce que ces gens-là ne comprennent toujours pas : si vous ne voulez plus qu'on parle de vous, quittez la scène publique. C'est aussi simple que ça. Vous avez choisi la lumière ses honneurs, ses privilèges, son argent, son prestige. La lumière, ça éclaire dans les deux sens. Elle montre le beau et elle montre le laid. On ne peut pas vouloir la célébration et interdire la critique. C'est un marché. Vous avez signé en bas de la page le jour où vous avez accepté le pouvoir

L'Argent Ne Rachète Pas Tout

Avec de l'argent, on coffre qui on veut, quand on veut, avec une petite humiliation en prime pour montrer que le pays, c'est vous. On le sait. Tout le monde le sait. La mécanique est connue, les tarifs aussi.

Mais voici ce que l'argent ne rachète pas : la considération. Voici ce que la force ne construit pas : le respect. Et voici ce que l'humiliation publique n'efface jamais : le regard des gens qui ont vu. Ceux qui ont regardé la scène de l'arrestation, ceux qui ont lu les commentaires, ceux qui ont partagé les images ils ont tous tiré leur propre conclusion. Et cette conclusion-là, aucun avocat ne peut la faire taire, aucun juge ne peut l'interdire, aucune somme d'argent ne peut l'acheter.

Quel argent, même. On ne parle de vous que parce que vous êtes devenus quelqu'un dans l'espace public. Et être quelqu'un dans l'espace public, ce n'est pas un bouclier contre la parole des citoyens. C'est exactement le contraire : c'est une exposition permanente au regard, au jugement, à la critique. C'est le prix de la notoriété. C'est le coût de la visibilité. Et ça ne vous grandit pas, d'oublier ça.

Le Chèque sur une Créature de Dieu

On parle beaucoup de spiritualité dans nos contrées. On remplit les églises, on remplit les mosquées, on consulte les pasteurs et les marabouts. On parle de bénédictions, de faveurs divines, de protections célestes. Très bien.

Alors rappelons ceci, pour ceux qui croient à quelque chose : tout acte posé sur une créature de Dieu a un retour. Ce n'est pas de la menace. C'est de la physique morale. C'est l'ordre naturel des choses, que vous soyez croyant ou pas. Ce que vous semez, vous le récoltez. Pas toujours vite. Pas toujours de la façon attendue. Mais ça revient.

La question n'est pas si ça revient. La question est sous quelle forme. Spirituel ? Psychologique ? Financier ? Humain ? Économique ? Peut-être les cinq à la fois. Peut-être d'une façon que personne n'anticipe. Mais cette femme qu'on a humiliée dans un aéroport, cette voix qu'on a voulu éteindre, cette dignité qu'on a voulu piétiner elle appartient à quelqu'un. Et quelque chose, quelque part, tient les comptes.

La Dictature Confortable

"La dictature est bien." C'est presque amusant, dit comme ça. Presque honnête, pour une fois. Oui, la dictature est confortable pour ceux qui l'exercent. Pas de contradictions à gérer. Pas d'opposition à convaincre. Pas de citoyens agaçants qui ont des opinions. On claque des doigts, on fait monter la pression, et les récalcitrants rentrent dans le rang.

Sauf que l'histoire n'est pas du côté de ces gens-là. Pas une seule fois, dans toute l'histoire de l'humanité, le pouvoir absolu n'a duré éternellement. Pas une fois. Les noms changent, les époques changent, les géographies changent mais le schéma est toujours le même. Le fort écrase. Le faible encaisse. Et puis, un jour, quelque chose se retourne.

Pas forcément une révolution. Pas forcément une chute spectaculaire. Parfois juste la solitude. L'oubli. L'insignifiance progressive. La mort de l'influence. Le moment où plus personne ne répond au téléphone. Le moment où l'on réalise que la peur n'est pas de l'amour, et que quand la peur s'en va, rien ne reste.

ON N'EST JAMAIS ASSEZ FORT POUR ÊTRE TOUJOURS LE PLUS FORT.

Et ceux qui l'oublient, l'histoire se charge de le leur rappeler. Avec la même brutalité que celle qu'ils ont exercée sur les autres. Souvent plus.

BBlaise Etongtek

Source: www.camerounweb.com