Révélation exclusive de Paul Chouta, le défunt journaliste était en bonne santé avant de faire une chute, lundi dernier. Cela lui a causé une luxation du genou. La suite vous choquera.
Conduit au centre médical le Jourdain, situé au quartier Nlongkak à Yaoundé, il y a subi une intervention chirurgicale au cours de laquelle le personnel soignant a, par « erreur », sectionné une veine. Malgré son transfert d'urgence vers un hôpital de référence, les efforts pour le réanimer ont été vains.
Un établissement aux méthodes contestables. Plusieurs de nos structures hospitalières, et plus particulièrement la clinique le Jourdain, semblent s'être transformées en « charcuteries » où l’erreur médicale devient la règle et les soins conformes l'exception. Le décès de Roger Betala en est la preuve tragique. Entré pour une simple opération du genou, il a succombé aux suites d'une hémorragie accidentelle provoquée durant l'acte chirurgical.
Une récidive mortelle. Il faut souligner que le Jourdain n'en est pas à son premier forfait. Le 2 avril 2023, un nourrisson de 7 semaines y rendait l'âme suite à de graves défaillances de prise en charge. Pour une ponction lombaire, une anesthésie avait été administrée au bébé malgré l'opposition formelle des parents. S'y ajoutaient l'absence de pédiatre, la manipulation de l'enfant par un personnel non qualifié et un protocole médical dicté par téléphone à un spécialiste.
Ce drame avait suscité l'indignation du ministre de la Santé publique, qui s'était rendu sur les lieux. Le constat était sans appel : l'établissement pratiquait des soins lourds (IRM, scanner, bloc opératoire, fibroscopie) en totale irrégularité. En effet, la clinique ne détient qu'une autorisation de catégorie C (propre aux centres de santé), alors qu'elle réalise des actes réservés aux catégories A et B.
Impunité et réseaux d'influence. Face à ces dérives, le ministre Manaouda Malachie avait ordonné la fermeture du centre. Cependant, quelques jours plus tard, son promoteur, le Dr Mbarga Henry, aurait usé de ses relations pour obtenir la réouverture de sa clinique, celle-là même qui vient d'abréger la vie d'un journaliste.
Le passif de l'établissement est lourd. Il y a quelques années, la famille Kontchou y avait vécu une scène surréaliste : la clinique exigeait d'opérer un membre de leur famille. Suspicieuse face au refus de l'établissement de fournir le dossier médical pour un contre-avis, la famille avait transféré le patient à Paris. Sur place, les médecins français avaient conclu qu'aucune opération n'était nécessaire. Aujourd'hui encore, cette personne se porte bien, sans avoir jamais été opérée.
Un système à la dérive. Le décès de Roger Betala est le symptôme de maux plus profonds : le clientélisme dans l'accès aux études de médecine (à l'instar du cas polémique d'Indira Baboke) ; la baisse de qualité de la formation médicale ; la faillite du système de contrôle sanitaire.
Lorsqu'un ministre de la Santé semble prioriser son confort et qu'un ministre de l'Enseignement supérieur reste en poste depuis 22 ans malgré les critiques sur l'intégrité du système académique, la multiplication des erreurs médicales fatales devient, hélas, une conséquence prévisible.