L'affaire Georges-Gilbert Baongla vient de prendre une dimension présidentielle. Selon des informations exclusives parvenues à notre rédaction, Paul Biya aurait personnellement donné son accord pour qu'une plainte soit déposée par son fils Franck Biya contre cet homme qui se prétend publiquement son fils biologique. Une intervention directe du Chef de l'État qui transforme ce qui semblait être un fait divers judiciaire en affaire d'État familiale — et qui dit à quel point les déclarations de Baongla ont touché au plus intime du Palais d'Etoudi.
Rappel des faits. Le 23 avril 2026, le Lieutenant-Colonel Bialo Dieudonné, Chef du Service Central des Recherches Judiciaires de la Gendarmerie Nationale, convoquait officiellement Baongla Georges-Gilbert, domicilié à Yaoundé, à se présenter le mardi 28 avril à 10 heures pour être entendu sur des faits de cybercriminalité, diffamation et autres. Le document, appuyé sur les articles 79, 82 à 92 et 103 à 114 du Code de Procédure Pénale, était sans ambiguïté : en cas de défaillance, «la contrainte par tous moyens de droit s'applique».
Mais Baongla ne sera pas au rendez-vous. Selon des sources dignes de foi, l'intéressé aurait pris la clé des champs dès qu'il a pris connaissance de la convocation — qu'il a pourtant déchargée et signée, comme en atteste l'accusé de réception largement diffusé sur les réseaux sociaux. Rattrapé par cette contradiction, Baongla publie ce 25 avril un communiqué en anglais où il affirme n'avoir pas reçu la convocation «en mains propres» et l'avoir «découverte sur la toile» alors qu'il était «en déplacement professionnel». Il demande le «calme» à ses militants. Une tentative de justification que l'accusé de réception signé de sa main rend pour le moins difficile à défendre.
Selon des sources concordantes, la plainte à l'origine de cette convocation ferait directement suite aux déclarations fracassantes faites par Baongla sur une chaîne de télévision de Yaoundé. Il y aurait affirmé que Franck Biya n'est pas le fils biologique de Paul Biya, mais son fils adoptif — avant d'ajouter, péremptoire : «Paul Biya n'a que trois enfants : lui-même, Brenda et Junior.» Des propos d'une gravité extrême, mettant en cause l'identité biologique du fils aîné du Chef de l'État et revendiquant pour lui-même une filiation présidentielle que personne dans l'entourage officiel du palais ne reconnaît.
C'est précisément ce tissu de déclarations qui aurait conduit Paul Biya à donner personnellement son accord pour que Franck Biya engage des poursuites. Une démarche judiciaire qui, venant du Chef de l'État lui-même, ne laisse aucune ambiguïté sur la réalité du lien biologique que le palais entend défendre — et sur la détermination à faire taire définitivement un homme jugé fantasque et dangereux.
Pendant que Baongla se cache, les langues se délient. Le ministre délégué auprès du Garde des Sceaux, Jean de Dieu Momo — déjà remarqué pour ses sorties fracassantes sur la visite papale — est monté au créneau sur Facebook avec une précision arithmétique dévastatrice : «Gilbert Baongla a fait un tour au collège Madeleine où je fus son camarade de collège en 1979. Il est né en 1963, mon aîné, pendant que Paul Biya rentre au Cameroun en 1962 après ses études en France. Le reste n'est qu'élucubrations. Débat clos ?»
La chronologie est en effet implacable. Si Baongla est né en 1963 et que Paul Biya rentrait tout juste de France en 1962, la paternité biologique revendiquée relève mathématiquement de l'impossible
Une autre source, Justin Biloa Onguene, va encore plus loin dans la démystification, livrant une explication sociologique de la confusion entretenue par Baongla. La mère de ce dernier — «une Bamiléké de mère Bassa» — aurait été sage-femme à la maternité de l'Hôpital Central, collègue de la première dame Jeanne Irène Biya. Les deux femmes entretenaient une relation de grande proximité. Madame Biya aurait eu une affection particulière pour le jeune Baongla, «l'appelant «mon petit mari»» en signe de tendresse. Mais en 1977, lorsque les deux femmes se côtoyaient à l'hôpital, Baongla avait déjà 13 ans — ce qui exclut définitivement toute filiation biologique avec Paul Biya.
Cette affaire, aussi rocambolesque qu'elle puisse paraître, a des implications politiques réelles dans le contexte actuel. Baongla avait fait irruption dans l'actualité il y a quelques jours en exigeant publiquement que le futur Vice-Président soit «issu de la famille présidentielle» — une déclaration qui avait électrisé les réseaux sociaux et relancé les spéculations sur Franck Biya. En revendiquant simultanément sa propre filiation présidentielle et en contestant celle de Franck Biya, il s'était placé au cœur d'une polémique que la famille présidentielle ne pouvait laisser sans réponse.
La réponse est venue — judiciaire, rapide, et portant la signature morale de Paul Biya lui-même. Baongla, lui, est actuellement introuvable. Le rendez-vous du 28 avril est passé. Et la justice camerounaise, si elle décide de «contraindre par tous moyens de droit» comme le prévoit la convocation, devra d'abord retrouver un homme qui semble avoir compris, un peu tard, que certaines revendications familiales au Cameroun peuvent avoir des conséquences très concrètes.