Les importations ont explosé atteignant près de 49 milliards de FCFA
Il s’agit d’une situation paradoxale autour du sucre au Cameroun : malgré une forte hausse des exportations en 2025, les importations ont également explosé, atteignant près de 49 milliards de FCFA. Cette contradiction s’explique notamment par la baisse de la production locale, dénoncée par des acteurs comme la Sosucam, qui évoque la concurrence des importations. Le ministère du Commerce justifie ces importations par un déficit de production, mais cette politique est critiquée pour son impact négatif sur l’économie et les risques de pénuries locales. Des observateurs dénoncent ainsi une gestion incohérente du secteur, pointant un manque de stratégie structurelle au ministère du Commerce, davantage centré sur le contrôle des prix que sur le développement de la production nationale.
Dans une note rendue publique par l’INS, institut national de la statistique du Cameroun, le sucre fait partie des produits ayant boosté les exportations du pays en 2025. L’INS parle d’exportations ayant explosé, atteignant 8 047 tonnes, contre seulement 512 tonnes en 2024, soit une hausse de 429 %.
Sorcellerie, car pendant que le pays exporte à coups de milliards le sucre dans la sous-région, les chiffres de l’INS parlent, pour la seule année 2025, d’importations ayant atteint 48,9 milliards de FCFA, malgré les objectifs gouvernementaux de réduction, suite à une baisse de la production locale.
De quoi s’interroger sur la notion de substitution aux importations au très stratégique ministère du Commerce, avec un ministre en poste depuis plus de 22 ans.
Installée sur plus de 18 000 hectares à Mbandjock et Nkoteng, la Sosucam, qui est le plus gros producteur de sucre du pays, se plaint sans cesse d’une baisse de production liée aux importations venues d’Amérique du Sud et du Nigeria.
Au ministère du Commerce, l’on justifie l’octroi des licences d’importation par le déficit de production locale. Connaissant le coût de ces importations sur la balance des paiements, chroniquement déficitaire au Cameroun (2 145,2 milliards de FCFA en 2025), avec un impact grave sur les devises, comment le ministère du Commerce peut-il autoriser et accorder des facilités pour importer du sucre qui sera revendu dans la sous-région, occasionnant parfois des pénuries sur le marché local ?
En novembre dernier, Marc Leynaert révélait que des sucres initialement destinés au Tchad étaient stockés de manière prolongée sur le territoire camerounais (Douala et Ngaoundéré) par les importateurs, en raison du relèvement récent de la taxation douanière dans ce pays.
Économiste et ingénieur statisticien, Dieudonné Essomba décrivait le ministère du Commerce sous Luc Magloire Mbarga Atangana en ces termes :
« Le ministère du Commerce au Cameroun n’est que le ministère des prix. »
L’économiste faisait le constat selon lequel ce ministère ne se fait ressentir que lorsqu’il faut « contrôler les prix », variable sur laquelle il n’a pas vraiment de contrôle, car le prix est influencé par l’offre du marché.
Car, disait-il, le ministère du Commerce se doit d’être davantage dans une démarche structurelle afin d’augmenter le niveau de revenu des populations ; par exemple, créer des marchés de commercialisation des poissons d’eau douce pour ainsi accroître la production locale et augmenter le niveau de revenu des producteurs.
Albin Michel Njilo (Construire Ensemble)