Paul Biya ferme ÉNÉO et reprend le contrôle total du secteur de l'électricité

Eneo Dg En lieu et place d’Énéo, une toute nouvelle entité vient de voir le jour

Mon, 4 May 2026 Source: www.camerounweb.com

Pour faire face aux problèmes de fourniture d’énergie électrique au Cameroun, le président de la République Paul Biya a signé, le 4 mai 2026, une série de décrets confirmant que l'État camerounais a pris le contrôle total du capital d'ENEO, mettant ainsi fin à l'ère de cette entreprise d'électricité longtemps controversée.

En lieu et place d’Énéo, une toute nouvelle entité vient de voir le jour. Il s’agit de la Société Camerounaise d'Électricité (SOCADEL), a été créé pour gérer la distribution d'électricité à travers le pays.

Deux décrets supplémentaires ont approuvé la structure opérationnelle de la société et nommé les membres de son premier conseil d'administration. Cette décision marque l'un des changements les plus importants dans le secteur énergétique camerounais depuis des décennies, ramenant fermement la gestion de l'électricité entre les mains de l'État.

Contrairement aux discours sur la privatisation, la réalité est tout autre : le Cameroun a renationalisé son fournisseur d’électricité.

En novembre 2025, le gouvernement a racheté 95 % des parts d’ENEO au fonds d’investissement britannique Actis pour 78 milliards de francs CFA (environ 119 millions d’euros). Depuis janvier 2026, l’entreprise est à nouveau entièrement sous contrôle de l’État.

Cette reprise s'accompagne toutefois d'un lourd fardeau. L'ENEO est endettée à hauteur d'environ 800 milliards de francs CFA, dont une grande partie est liée à des factures d'électricité impayées par des institutions publiques. Le gouvernement affirme que le retour de l'entreprise sous la tutelle de l'État contribuera à stabiliser le secteur, à améliorer le recouvrement des recettes et à renforcer la gestion. Mais des institutions telles que le Fonds monétaire international ont averti que cette mesure exposait les finances publiques à un risque accru, car l'État doit désormais absorber les pertes d'exploitation et continuer à subventionner l'électricité.

Pour les citoyens ordinaires, la réalité immédiate n’a guère changé. Les coupures d’électricité restent fréquentes, et le mécontentement face à la fiabilité du service et aux tarifs ne cesse de croître. Alors que le gouvernement présente les projets en cours, tels que le barrage de Nachtigal, comme une solution à long terme aux pénuries d’énergie, la population attend toujours de constater des améliorations tangibles dans l’approvisionnement quotidien.

Au niveau de l’État, cette décision accentue la pression financière, risquant de détourner des fonds d’autres secteurs essentiels comme la santé et l’éducation. Des mesures telles que des prélèvements directs sur les comptes publics sont mises en place pour garantir que les organismes publics paient effectivement leurs factures d'électricité, un problème qui mine le système depuis longtemps.

Pour les investisseurs, le message est mitigé. D'un côté, le gouvernement affirme son contrôle sur un secteur stratégique ; de l'autre, cela pourrait susciter des inquiétudes quant au climat d'investissement et à la sécurité des capitaux privés sur le marché des services publics camerounais.

Dans des villes comme Maroua, la question centrale est simple : ce changement permettra-t-il enfin d'assurer un approvisionnement électrique stable ? Pour l'instant, la réponse reste incertaine. Ce qui est clair, en revanche, c'est que depuis le retour d'ENEO sous contrôle de l'État, la responsabilité tant des problèmes que des améliorations futures incombe désormais entièrement au gouvernement.

Source: www.camerounweb.com