Le véritable enjeu réside dans le choix du futur Directeur Général
Antoine Ntsimi est nommé, par décret signe le 04 mai 2026 par le président Paul Biya, à la tête du Conseil d’administration de la nouvelle société publique d’électricité au Cameroun, issue de la nationalisation d’ENEO. Économiste expérimenté et ancien ministre, il possède un parcours solide, notamment marqué par son rôle lors de la dévaluation du franc CFA et sa présidence de la Commission de la CEMAC. Cependant, son profil suscite aussi des interrogations en raison de sa réputation jugée parfois clivante. Le véritable enjeu ne réside pas seulement dans sa nomination, mais dans le choix du futur Directeur Général, avec qui il devra former un tandem efficace.
Cameroun : Antoine Ntsimi à la tête du CA de la nouvelle société publique d’électricité : l’homme de la situation ?
Le président Paul Biya vient de porter son choix sur Antoine Ntsimi pour présider le Conseil d’administration de la toute nouvelle société publique camerounaise de l’électricité, née de la nationalisation d’ENEO. Un choix qui ne surprend pas les fins observateurs de la scène politico-économique camerounaise, mais qui suscite déjà des interrogations légitimes.
Qui est Antoine Ntsimi ?
Antoine Ntsimi, surnommé dans sa jeunesse “Chicago Boy” en raison de son long séjour aux États-Unis et de son style affirmé, est un technocrate camerounais né le 31 mars 1955. Diplômé et aguerri, il a bâti sa réputation sur sa maîtrise des questions économiques et financières les plus complexes du continent.
C’est lui, en sa qualité de ministre de l’Économie et des Finances du Cameroun (1990–1995), qui s’est retrouvé au cœur de l’un des moments les plus douloureux de l’histoire économique africaine : la dévaluation du franc CFA du 12 janvier 1994 à Dakar. Sous la pression conjuguée de la France et du FMI, c’est Antoine Ntsimi qui annonce au monde entier cette décision historique au nom des quatorze États de la zone franc. Un acte d’une grande responsabilité, assumé publiquement sans flancher, qui révèle un homme capable de porter des décisions impopulaires la tête haute.
Il rebondira ensuite sur la scène régionale en devenant, à partir de mai 2007, Président de la Commission de la CEMAC — la plus haute fonction exécutive de la Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale. Une consécration pour celui que certains surnommeront alors, non sans ironie, “le président des présidents”.
Un profil solide… mais pas sans zones d’ombre
Son parcours impressionne : économiste aguerri, négociateur international, gestionnaire d’institutions sous-régionales. Sur le papier, présider le CA d’une société stratégique dans le secteur de l’énergie semble être dans ses cordes.
Mais l’homme traîne aussi une réputation de personnalité clivante. Son passage à la CEMAC avait été marqué par des tensions avec plusieurs chefs d’État de la sous-région, qui lui reprochaient publiquement une gestion jugée nonchalante et une arrogance impétueuse peu compatible avec l’esprit collégial que requiert la conduite d’une institution communautaire. Des accusations qu’il a toujours contestées.
Ce que personne ne peut lui retirer cependant, c’est une connaissance profonde des rouages économiques et financiers africains, une expérience internationale rare et une capacité éprouvée à naviguer dans les eaux troubles de la diplomatie économique.
Le vrai défi : le tandem Ntsimi – DG à nommer
La nomination d’Antoine Ntsimi n’est qu’une moitié de l’équation. Le vrai test sera dans le choix du Directeur Général qui reste à nommer. Car dans une société aussi stratégique, le CA fixe les orientations, mais c’est le DG qui opère au quotidien, sur le terrain, au contact des réalités d’un réseau électrique vieillissant et d’une demande en forte croissance.
Pour que cette nouvelle société tienne ses promesses, le DG devra être à la fois technicien de l’énergie, manager de terrain et visionnaire capable d’attirer les financements nécessaires à la modernisation du réseau. Le tandem Ntsimi–DG sera le vrai thermomètre de la volonté politique de faire de cette nationalisation une rupture réelle — et non un simple changement d’enseigne.
L’électricité : nerf de l’émergence
On ne le répétera jamais assez : pas d’émergence sans électricité. Le Cameroun dispose d’un potentiel hydroélectrique parmi les plus importants d’Afrique subsaharienne, mais paradoxalement, ses ménages et ses PME souffrent quotidiennement de coupures intempestives qui plombent la productivité, découragent les investisseurs et appauvrissent les populations.
La nationalisation d’ENEO et la création de cette nouvelle entité publique constituent une opportunité historique de tourner la page. Mais les Camerounais ont trop souffert pour se contenter d’annonces. Ils veulent des résultats concrets : de l’électricité stable, accessible et abordable, de Douala à Maroua, de Yaoundé à Bertoua.
En conclusion
Antoine Ntsimi a le profil d’un grand commis de l’État, rompu aux enjeux macroéconomiques. Mais la présidence d’un CA n’est pas un titre honorifique : c’est une responsabilité opérationnelle et morale envers 28 millions de Camerounais qui attendent, depuis trop longtemps, que la lumière soit.
Le succès de cette nouvelle société dépendra de la qualité du tandem qui sera constitué, de la volonté politique réelle de soustraire la gestion de l’énergie aux logiques de prédation, et de la capacité à placer les compétences avant les allégeances dans le choix du DG.
Le Cameroun a les ressources. Il a les hommes. Il lui faut maintenant la gouvernance à la hauteur de l’ambition.
Et vous, pensez-vous qu’Antoine Ntsimi est l’homme de la situation ? Dites-le en commentaire !
Patrick Duprix Anicet Mani