Cavayé Yéguié Djibril : Jeune Afrique retrace le parcours d'un pilier du système Biya qui a refusé de mourir loin de son village

Cavaye Yeguie Djibril Image illustrative

Thu, 7 May 2026 Source: www.camerounweb.com

Il avait refusé de partir. Pas du pouvoir — on l'en avait finalement écarté en mars. Mais de son village. Jusqu'à la dernière heure, malgré les supplications de ses proches qui voulaient le transférer à Yaoundé pour une meilleure prise en charge médicale, Cavayé Yéguié Djibril avait tenu. Il mourrait chez lui, à Mada-Kolkoch, dans la région de l'Extrême-Nord — cette terre du Septentrion dont il était issu et qu'il avait représentée pendant plus de cinquante ans au sommet de l'État camerounais. Il s'est éteint ce mercredi 6 mai 2026, à l'âge de 86 ans. Et conformément à la tradition musulmane, il a été inhumé dans la soirée même de son décès. Discret jusque dans la mort.

Jeune Afrique, qui avait suivi de près les derniers mois de la carrière de Cavayé Yéguié Djibril, révèle que sa fin de règne a été marquée par une détérioration physique progressive que les cercles du pouvoir s'efforçaient de minimiser. «Son état de santé s'était considérablement détérioré ces derniers jours», confie au journal un membre de sa famille. Mais cette dégradation finale n'est que l'aboutissement d'un déclin visible depuis plusieurs mois.

L'épisode le plus commenté, révèle Jeune Afrique, est le discours confus qu'il avait prononcé lors d'un meeting présidentiel à Maroua en octobre 2025 — un moment qui avait circulé sur les réseaux sociaux et avait profondément embarrassé les cercles du pouvoir. Puis son absence remarquée lors des cérémonies de présentation des vœux au Chef de l'État en janvier 2026 avait renforcé les interrogations. Les signaux étaient clairs pour qui voulait les lire. «Son départ avait été soigneusement préparé au sommet de l'État après une série de signaux jugés préoccupants», confirme Jeune Afrique — soulignant ainsi que la passation de pouvoir à Théodore Datouo en mars n'était pas une surprise, mais l'aboutissement d'un processus préparé dans l'ombre.

Le parcours de Cavayé Yéguié Djibril est celui d'une ascension patiente et méthodique, nourrie par un enracinement profond dans le tissu social et traditionnel du Septentrion. Ancien enseignant d'éducation physique et sportive, il débute sa carrière dans l'administration comme inspecteur interministériel du Grand-Nord avant de se faire élire député en 1973 — sous le régime d'Ahmadou Ahidjo.

Son tournant décisif intervient en 1983, lorsqu'il accède au poste de vice-président de l'Assemblée nationale — à un moment charnière où la transition entre Ahidjo et Biya vient de s'opérer. Sa capacité à traverser cette rupture politique sans en être victime dit déjà tout de son talent de survivant institutionnel. Puis vient 1992 : la première élection au perchoir de l'Assemblée nationale. Un poste qu'il ne quittera que 34 ans plus tard — faisant de lui, selon Jeune Afrique, «l'un des présidents d'Assemblée les plus anciens du continent africain».

Chef traditionnel, député, speaker : l'homme aux trois couronnes du Septentrion

Jeune Afrique note une dimension de la personnalité de Cavayé Yéguié Djibril que les chroniques politiques évoquent souvent trop rapidement : son statut de chef traditionnel. Dans le Septentrion camerounais, où l'autorité coutumière et le pouvoir politique se mêlent intimement, cumuler la stature d'un chef traditionnel et les fonctions de troisième personnage de l'État n'est pas une coïncidence — c'est une légitimité double, enracinée à la fois dans la modernité républicaine et dans les structures ancestrales de la société du Grand Nord. Une légitimité que Paul Biya avait parfaitement compris et dont il avait fait un instrument de sa politique de «fidélisation» du Septentrion.

Jeune Afrique place le décès de Cavayé Yéguié Djibril dans une séquence plus large — celle de l'effacement progressif d'une génération entière de figures politiques ayant émergé dans les années 1980 et 1990. Marcel Niat Njifenji, écarté de la présidence du Sénat avant de décéder le 11 avril 2026. Luc Ayang, ancien président du Conseil Économique et Social. El Hadj Abbo, figure du monde des affaires et membre du comité central du RDPC. Et maintenant Cavayé. «C'est un autre pilier central de l'ère Biya qui disparaît», écrit sobrement Jeune Afrique — dans un pays où la recomposition institutionnelle en cours désigne, à travers chaque départ, l'ampleur du vide laissé par une génération entière.

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