Tchiroma choisit le camp d'en face
Le Mouvement Africain pour la Nouvelle Indépendance et la Démocratie (MANIDEM) s’exprimé, à travers deux communiqués, sur la réaction d’Issa Tchiroma Bakary et de Djeukam Tchameni. Le parti accuse le candidat malheureux à la présidentielle du 12 octobre 2026 d’avoir trahi la mémoire de Anicet Ekane en participant à l’organisation de ses obsèques avec des membres du gouvernement, malgré le boycott de la famille et des alliés politiques du défunt. Djeukam Tchameni est, quant à lui, critiqué pour son attitude jugée ambiguë en prison, notamment ses attaques contre Maurice Kamto plutôt que contre le régime. À l’inverse, la position du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC), qui a boycotté les obsèques par solidarité avec le MANIDEM est à saluer. Cette séquence politique a révélé les véritables positions de chacun, tout en estimant que le MANIDEM, bien qu’affaibli, reste lucide sur ses adversaires.
MANIDEM : LE TEMPS DES COMPTES
Il y a des moments dans la vie d'un parti où la clarté devient une obligation de survie. Le MANIDEM vient de franchir ce pas en deux communiqués distincts publiés à quelques heures d'intervalle. Les deux méritent d'être lus ensemble.
Le premier vise Issa Tchiroma Bakary. L'homme pour qui Anicet Ekane a dénoncé la victoire volée et payé de sa liberté et de sa vie a publié le programme des obsèques organisées par le fils aîné, avec des membres du gouvernement parmi les invités, au moment précis où la famille, le parti et les alliés politiques du défunt boycottent la cérémonie.
Depuis l'arrestation d'Ekane le 24 octobre 2025, Tchiroma avait cessé de répondre aux appels de ses camarades emprisonnés. Les prisonniers ont appris bien après seulement qu'il était en exil. Ce silence pouvait s'expliquer. Ce qu'il fait aujourd'hui ne s'explique plus de la même manière. Le MANIDEM prononce la rupture définitive. Il a raison.
Le second vise Djeukam Tchameni. Arrêté le même jour qu'Anicet Ekane, dans les mêmes circonstances, pour les mêmes chefs d'accusation, Djeukam Tchameni a partagé la détention avec son camarade.
Mais depuis sa cellule, il n'a jamais attaqué le régime qui l'emprisonne. Il a en revanche participé activement au Kamto bashing, ciblant l'allié naturel du camp dans lequel il prétend militer.
Il a été le premier à proposer un gouvernement de transition, formule classiquement utilisée pour offrir une sortie honorable à un régime contesté. Le schéma est connu. Quand un prisonnier politique cesse d'attaquer ses geôliers et commence à attaquer ses propres alliés depuis sa cellule, la question de qui lui a ouvert un espace de communication et dans quel but se pose d'elle-même.
Face à ces deux attitudes, une troisième s'impose comme référence. Le MRC de Maurice Kamto a annoncé le 5 mai 2026 qu'il ne participerait pas aux obsèques, par solidarité avec le MANIDEM et la famille d'Anicet Ekane. Trois paragraphes sobres. Pas un mot de trop. Pas une polémique. La loyauté n'a pas besoin de bruit pour exister.
Dans cette séquence, chacun a montré qui il est vraiment. Tchiroma choisit le camp d'en face. Djeukam Tchameni travaille l'héritage de l'intérieur. Kamto reste fidèle à sa parole.
Le MANIDEM est affaibli. Il est vulnérable. Mais un parti qui sait encore nommer ses ennemis avec précision n'est pas encore mort.
John Lawson – Décryptage politique Cameroun