Armée : Voici le parcours et fonctions occupées par le défunt Général Philippe Mpay

Général Philippe Mpay PARCOURS Il est décédé dans la nuit du 8 au 9 mai 2026 des suites de maladie

Sat, 9 May 2026 Source: www.camerounweb.com

L’Armée camerounaise est en deuil. Le Général de division Philippe MPAY, Commandant des Écoles et Centres d'Instruction Interarmées, est décédé dans la nuit du 8 au 9 mai 2026, à l’Hôpital Militaire de Yaoundé des suites de maladie. Figure respectée de la hiérarchie militaire, il était en charge de la formation interarmées, pilier stratégique pour la défense nationale.

Le décès du général Philippe Mpay referme une page importante et controversée de l’histoire militaire contemporaine du Cameroun.

Officier formé dans les écoles militaires françaises au lendemain des indépendances, il aura traversé plus de quatre décennies de pouvoir, occupant des fonctions stratégiques dans l’armée camerounaise avant de devenir, pour une partie de l’opinion, le symbole des dérives sécuritaires du début des années 2000.

Né en 1939 à Nguibassal, dans l’actuel département du Nyong-et-Kellé, Philippe Mpay appartient à la première génération d’officiers camerounais formés après l’indépendance.

Il fait ses études à Libamba et Makak, puis au lycée Joss de Douala, au lycée Leclerc de Yaoundé et enfin à Brazzaville où il obtient un baccalauréat en philosophie en 1960. Entré dans l’armée au début des années 1960, il gravit progressivement tous les échelons de la hiérarchie militaire.

Formation militaire et débuts (1960-1964)

Après l’obtention d’un baccalauréat philosophie à Brazzaville en 1960, il s’engage dans les forces armées camerounaises le 19 octobre 1960. Il est ensuite envoyé en France pour sa formation d’officier :

- 1960-1962 : élève-officier à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr ;

- 1962 : diplômé de Saint-Cyr ;

- 1962-1963 : formation à l’École d’application de l’infanterie de Saint-Maixent ;

- Début des années 1970 : cours de capitaine à Montpellier et formation d’état-major à Paris ;

- 1975 : breveté de l’École supérieure de guerre de Paris.

Cette formation le place parmi les officiers les plus qualifiés de sa génération au sein de l’armée camerounaise.

Fonctions militaires connues

- 1964 — Adjoint au commandant de section militaire à Douala

À son retour au Cameroun, Philippe Mpay débute dans les unités territoriales. Il est nommé adjoint au commandant de section militaire à Douala, dans un contexte où le jeune État camerounais consolide encore son appareil sécuritaire après les troubles liés à l’indépendance.

- 1965 — Adjoint au commandant de bataillon à Nkongsamba

Il poursuit sa progression comme adjoint au commandant de bataillon à Nkongsamba, zone alors stratégique dans la lutte contre les dernières poches de rébellion armée.

- 1969 — Chef du 4e bureau de l’état-major de l’armée de terre

Il rejoint ensuite l’état-major de l’armée de terre comme chef du 4e bureau, structure généralement chargée de la logistique, des équipements et du soutien opérationnel.

- 1970 — Formation supérieure militaire en France

Il suit : les cours de capitaine à Montpellier ; une formation d’état-major à Paris.

Ces formations le préparent aux postes de commandement supérieur.

- 1975 — Assistant à l’attaché militaire à Paris et breveté de l’École supérieure de guerre

Pendant son séjour en France, il exerce parallèlement les fonctions d’assistant à l’attaché militaire camerounais à Paris, tout en obtenant le brevet de l’École supérieure de guerre, distinction réservée aux officiers appelés à de hautes responsabilités stratégiques.

- 1975 — Chef de la division emploi de l’armée de terre

À son retour au Cameroun, il est nommé chef de la division emploi de l’armée de terre. Cette fonction consiste à planifier l’organisation et l’engagement opérationnel des forces terrestres.

- 1981 — Commandant de la 3e section militaire à Bafoussam

Il prend ensuite le commandement de la 3e section militaire basée à Bafoussam, dans l’Ouest du Cameroun.

- 1983 — Commandant des écoles et centres d’instruction

Philippe Mpay est nommé commandant des écoles et centres d’instruction militaires. Il supervise alors la formation des officiers et sous-officiers camerounais.

- 1985 — Commandant de la 3e région militaire

Il dirige la 3e région militaire couvrant notamment : l’Extrême-Nord ; le Nord ; l’Adamaoua

Cette période est marquée par les enjeux de sécurité liés au grand banditisme et aux coupeurs de route dans le septentrion.

- 1988 — Directeur du matériel à l’état-major des armées

Il devient directeur du matériel à l’état-major des armées, poste stratégique chargé des équipements militaires, de la maintenance et de la logistique.

- 1990 — Directeur des équipements au ministère de la Défense

Il est ensuite nommé directeur des équipements au ministère de la Défense.

- 1991 — Commandant opérationnel pour l’Ouest et le Nord-Ouest

Dans un contexte de tensions politiques et sociales au début du multipartisme, il exerce des fonctions de commandant opérationnel pour les régions de l’Ouest et du Nord-Ouest.

- 5 février 1993 — Promotion au grade de général de brigade

Cette promotion marque son entrée dans le cercle restreint du haut commandement militaire camerounais.

- Années 1990 — Commandements régionaux successifs

Au cours des années suivantes, il commande plusieurs régions militaires, notamment : la 2e région militaire ; la 5e région militaire ; la 6e région militaire.

Ces postes renforcent son influence au sein de l’appareil sécuritaire.

- 2000 — Commandant du Commandement opérationnel de Douala

Le 20 février 2000, le président Paul Biya crée le Commandement opérationnel de Douala pour lutter contre le grand banditisme dans la capitale économique.

Philippe Mpay, alors commandant de la 2e région militaire, est choisi pour diriger cette unité spéciale composée de militaires, gendarmes et policiers.

Sous son commandement, le dispositif mène une répression musclée contre les réseaux criminels. Mais cette période reste surtout marquée par de graves accusations : disparitions forcées ; torture ; exécutions extrajudiciaires ; fosses communes.

L’affaire des neuf disparus de Bépanda, en 2001, devient l’emblème des dérives attribuées au Commandement opérationnel.

- 25 septembre 2001 — Promotion au grade de général de division

Cette nomination intervient alors même que les controverses autour du Commandement opérationnel restent vives.

Dernières fonctions publiques

- Années 2010 — Fonctions judiciaires militaires et représentation

À partir de 2018, il est nommé assesseur suppléant auprès des chambres militaires des cours d’appel.

- 2022 — Activités liées à l’enseignement militaire supérieur

Il participe à l’installation du commandement de l’École supérieure internationale de guerre (ESIG).

- 2023-2024 — Cérémonies militaires et formation des officiers

Il préside plusieurs cérémonies de remise de sabres à l’École militaire interarmées (EMIA) et intervient encore dans les activités de formation stratégique de l’armée camerounaise.

Au fil de sa carrière, Philippe Mpay aura donc occupé presque tous les grands registres du pouvoir militaire : formation, commandement territorial, logistique, stratégie et opérations de sécurité intérieure. Son parcours reste toutefois indissociable des débats sur les méthodes de lutte contre l’insécurité au Cameroun au tournant des années 2000.

Son image d’officier rigoureux et redouté lui vaut le surnom de « Man Badjob ».

L'oubli est la ruse du diable !

Arol KETCH

Source: www.camerounweb.com