Ils cessent parfois d’exercer, mais rarement d’exister politiquement
Au Cameroun, les généraux ne prennent généralement pas une retraite définitive, mais sont placés en « deuxième section », un statut qui les maintient à la disposition du chef de l’État. Ce système permet au pouvoir de conserver l’influence de hauts gradés au sein de l’appareil sécuritaire et politique. Des figures comme Philippe Mpay, Pierre Semengue et René Claude Meka illustrent cette continuité du pouvoir militaire autour du président Paul Biya. Selon l’auteur, ce fonctionnement contribue à la longévité du système politique camerounais.
Meka, Semengue, Mpay : ces généraux que le système ne lâche jamais.
Au Cameroun, où les généraux ne prennent jamais vraiment leur retraite, la situation des officiers généraux obéit à une logique assez particulière. En principe, un général ne « part » pas véritablement à la retraite comme un militaire ordinaire. Il est le plus souvent admis en « deuxième section ».
Concrètement, cela signifie qu’il quitte le service actif et n’exerce plus de commandement opérationnel direct, tout en demeurant théoriquement à la disposition du chef de l’État et des forces armées. Il peut ainsi être consulté à tout moment, se voir confier des missions ponctuelles, voire, en théorie, être rappelé en activité selon le bon vouloir du chef de l'État.
Dans le langage courant, beaucoup parlent malgré tout de « retraite ». Mais sur le plan juridique et statutaire strict, un officier général admis en deuxième section n’est jamais totalement retiré du système.
Cette particularité très camerounaise, offre au président de la République les coudées franches ,et une très large marge de manœuvre, pour maintenir certains hauts gradés dans l’orbite du pouvoir, prolonger leur influence ou continuer à s’appuyer sur eux dans l’appareil sécuritaire et politico-militaire.
Les exemples ne manquent pas. Le général Philippe Mpay, longtemps associé au très controversé Commandement opérationnel, a jusqu'à l'accident de circulation dont les séquelles l'ont fait passer de vie à trépas, continué à peser dans certains cercles bien après son retrait du devant de la scène. Le général Pierre Semengue, malgré un âge très avancé, demeure encore une figure influente et visible de l’establishment. Quant au général René Claude Meka, longtemps chef d’état-major des armées, il a incarné cette continuité presque ininterrompue du haut commandement militaire camerounais autour du pouvoir présidentiel.
C’est pourquoi, au Cameroun, certains généraux semblent ne jamais véritablement quitter le pouvoir : ils cessent parfois d’exercer, mais rarement d’exister politiquement. C'est sans doute aussi, une des clefs de compréhension, des mécanismes de l'exceptionnelle longévité de Paul Biya.
JPD