Obsèques d'Anicet Ekane : Jeune Afrique révèle comment Yaoundé a orchestré le sabotage d'un dernier hommage

Anicet Ekane Deuil Image illustrative

Tue, 12 May 2026 Source: www.camerounweb.com

Il voulait des funérailles dignes de son combat. Il a eu des obsèques minées de l'intérieur. Ce samedi 9 mai 2026, Anicet Ekane — leader du Manidem, mort en détention au Secrétariat d'État à la Défense (SED) le 1er décembre 2025 — a été inhumé à Bomono, petit village Sawa au nord de Douala, dans une «stricte intimité familiale». Une cérémonie marquée par les absences autant que par les présences. Et derrière cette réalité, Jeune Afrique révèle en exclusivité ce 12 mai une mécanique savamment orchestrée par le pouvoir camerounais pour «éteindre» les obsèques d'un homme qu'il avait déjà éteint en détention.

«Ekane sera enterré comme un citoyen ordinaire» : le message de Yaoundé

Tout commence à l'aéroport de Douala, lors du retour de la dépouille. Selon les révélations exclusives de Jeune Afrique, le Ministre de l'Administration Territoriale Paul Atanga Nji avait dépêché sur place le gouverneur de la région du Littoral, Samuel Dieudonné Ivaha Diboua, porteur d'un message sans ambiguïté : «Ekane sera enterré comme un citoyen ordinaire.» Cinq mots. Toute une politique. Le pouvoir qui avait incarcéré l'opposant entendait désormais contrôler jusqu'à la manière dont il serait rendu à la terre.

Mais l'instrumentalisation ne s'arrête pas là. Jeune Afrique révèle qu'«un émissaire de Yaoundé» avait pris contact avec la sœur du défunt, Mariane Simon-Ekane, pour la rapprocher des positions du gouvernement — semant ainsi la division au cœur même de la famille Ekane. Une technique classique du pouvoir camerounais : diviser pour régner, y compris dans le deuil.

La révélation la plus édifiante de Jeune Afrique concerne le rôle des chefs traditionnels Mpongo dans cette opération de sabotage. Selon le journal, ces derniers — «soumis à l'autorité du ministère de l'Administration territoriale» — ont «fait pression auprès de la famille afin qu'elle demande le contrôle des cérémonies». Des autorités coutumières censées incarner la mémoire et la dignité de leur communauté, mobilisées par un ministère pour empêcher un opposant mort en prison de recevoir les honneurs que son parcours méritait. L'État utilisant les structures traditionnelles comme bras armé de sa politique funèbre — voilà ce que documente Jeune Afrique avec une précision qui accable.

Grégoire Owona et Jean de Dieu Momo : les opportunistes du deuil

Jeune Afrique pointe également l'hypocrisie de certains caciques du régime qui, «restés silencieux pendant l'incarcération d'Ekane après la présidentielle d'octobre 2025», ont soudainement «fait valoir leur droit à prendre part aux obsèques» — notamment le secrétaire général adjoint du RDPC Grégoire Owona et le président du PADEC Jean de Dieu Momo. Des hommes qui n'ont pas levé la voix quand Ekane mourait dans une cellule sans extracteur d'oxygène, mais qui revendiquaient une place dans les cérémonies d'adieu. Le tribunal de première instance de Douala-Bonanjo a finalement tranché en désignant l'un des fils du défunt comme organisateur — et en décidant que «la dépouille ne devait pas être remise à la veuve». Une décision judiciaire qui, dans ce contexte, ressemble moins à un arbitrage qu'à une capitulation devant la pression du pouvoir.

Jeune Afrique conclut son analyse avec une lucidité glaçante : «Décidé à tourner la page d'une présidentielle contestée, Yaoundé a réussi un double pari.» D'abord, «empêcher que les compagnons de lutte d'Anicet Ekane n'utilisent l'événement comme une tribune». Ensuite, que «l'opinion ne puisse réclamer de nouveau la vérité sur le décès de l'opposant». Un homme mort en détention après avoir été privé de son extracteur d'oxygène — dont l'enquête officielle a conclu à une «mort naturelle» que son entourage continue de «rejeter» — enterré discrètement, loin des caméras et des discours. Mission accomplie pour le système.

Source: www.camerounweb.com