Révélations du Cardinal Tumi sur la disparition des 9 jeunes à Bépenda

Général Philippe Mpay Cardinal Tumi Le défenseur des droits de l’homme Nyebe Edoa a pris le peine de nous proposer cet extrait

Tue, 12 May 2026 Source: www.camerounweb.com

Les faits ont été racontés par le cardinal Tumi dans son livre publié en 2006 intitulé : «LES DEUX RÉGIMES POLITIQUES D'AHMADOU AHIDJO, DE PAUL BIYA ET CHRISTIAN TUMI, PRÊTRE »

CHAPITRE VII

MES PROCHES SONT INQUIÉTÉS


J'ai déjà parlé du Commandement Opérationnel et de dégâts qu'il a fait, surtout à cause de la mort des personnes supposées coupables, mais qui n'ont jamais été jugées. Mes prises de position contre les exactions de cette unité spéciale de lutte contre le grand banditisme, ont poussé les services secrets et la sureté nationale, à s'intéresser de plus près à mon entourage proche, à mes collaborateurs directs.

La disparition des 9 jeunes gens à Bépenda

Du temps fort du Commandement Opérationnel, au mois de janvier 2001, j'ai reçu la visite d'une délégation des plusieurs familles, habitant un quartier populaire de Douala, à Bépanda. Les membres de familles présents à l'évêché, me racontent une histoire insoutenable sur la disparition de neuf jeunes gens, le 22 janvier. Ils sollicitent avec insistance que je les aide à retrouver leurs fils.

Je veux connaître le motif de cet enlèvement. Ils me disent que leurs frères ont été accusés par une voisine, d'avoir volé une bombonne de gaz ménagère qui coûtait à l'époque 4.000 Frs CFA. Je ne m'imagine pas comment il est possible, qu'un groupe de neuf personnes se coalisent ainsi pour une seule bombonne de gaz !

C'est ainsi que j'appelle mon Chancelier, le P.Jean-Pierre Mukengeshayi, et je le charge de voir avec ces familles ce qu'il y a lieu de faire. Je tenais à les aider par tous les moyens, à connaître la vérité sur cette disparition. Ce n'était pas la première plainte du genre, parce que j'avais déjà attiré l'attention du Gouverneur de la Province du Littoral, sur les méthodes pour le moins douteuses et expéditives du Commandement Opérationnel dont on relevait un peu partout les exactions.

Avec ces familles, le Chancelier se met au travail. II parcourt les commissariats et les cellules de la gendarmerie où les disparus étaient censés être détenus. Ici et là, on lui donne des informations qui aident à aller plus loin dans les recherches, mais rien de concret ne vient couronner sa démarche. Les jeunes gens restent toujours introuvables.

Au cours de ses recherches, le Chancelier apprend que les jeu- nes seraient détenus à la base navale, lieu réputé sinistre et soupçonné d'être un centre de torture. II se rend sur place et les gardiens de la paix qu'il trouve le rassurent qu'ils n'ont pas reçu ce " genre de colis ! " Mais on l'oriente vers Bonanjo le quartier général du Commandement Opérationnel appelé vulgairement " Kosovo ", à cause de la violence qui y sévissait contre les personnes arrêtées. Là-bas, le Chancelier se heurte au refus des gardiens de parler. Ils gardent le silence parce qu'ils n'ont pas reçu de la hiérarchie l'autorisation de répondre aux questions de " personnes du dehors ".

Un commandant ayant appris que le prêtre qui est passé plus de deux fois au " Kosovo " n'est autre que le Chancelier du Cardinal Christian Tumi, n'hésite pas à lui lancer au visage: Allez dire à Tumi que ce n'est pas lui qui commande ce pays... le chef est à Yaoundé; est-ce qu'il n'a pas assez à faire à l'église pour qu'il s'occupe des délinquants ? " Malgré tout, le Chancelier poursuit ses recherches, et rédige un rapport: Enlèvement de 9 garçons par le Commandement

Opérationnel et au quartier Bépanda (Omnisport)

Au cours de cette longue enquête, le Chancelier réussit à trouver deux notes manuscrites où deux des neuf jeunes, écrivent à leurs frères pour leur demander de l'aide. C'est un véritable cri de détresse que les garçons lancent à leurs familles. Ils insistent pour faire comprendre à ces familles que si elles ne font rien pour les sortir de la cellule de Bonanjo où ils sont gardés, ils risquent la mort à cause de la torture qu'ils y endurent.

Dans son rapport sur le déroulement de cette enquête, le Père Chancelier reproduit littéralement, avec fautes de français les lettres de ces garçons torturés. Mais quand il essaye de rencontrer le Général Mpay, chargé par le Chef de l'Etat de coordonner les activités du Commandement Opérationnel, il butte contre le mur de l'indifférence: "le Général est très occupé, d'ailleurs il ne reçoit pas les complices de bandits ! "

Mais la vérité éclate, le jour où deux individus de la sûreté, viennent voir mon Chancelier pour lui demander en le suppliant, de ne pas dévoiler leurs noms. Ils déclarent eux-mêmes avoir assisté à l'exécution de neufs jeunes dans une carrière de pierre à Edéa: " Ils étaient comme des épaves au moment de l'exécution parce qu'ils étaient amochés par la torture... "

C'est ainsi que le Chancelier est arrivé à la conclusion que les jeunes gens ne sont plus de ce monde. Ils ont été bet et bien tués.

Dans une interview donnée à l'Effort camerounais du 15 au 28/03/2001, il dit publiquement ce qu'il connaît de cette, affaire. C'est cette interview qui déclenche l'effervescence à la Sûreté Nationale à Yaoundé et conduit le Délégué Général, Monsieur Pierre Minlo Medjo, de convoquer mon Chancelier à Yaoundé. Parce que les médias s'emparent de l'affaire avec beaucoup de bruit.

Interview du P.Jean-Pierre Mukengeshayi: " Les neuf jeunes ne sont plus de ce monde "

Comment l'Eglise a-t-elle été saisie de cette affaire ?

Il faut d'abord dire que la fameuse interview de Son Eminence le Cardinal Christian Tumi à " Jeune Afrique Economie ", et bien avant, compte tenu de ses interventions en faveur des droits de l'homme au Cameroun, dès qu'il y a une atteinte aussi flagrante comme celle dont il est question aujourd'hui, la plupart des victimes écrivent ou viennent à l'Evêché s'entretenir avec l'Archevêque de Douala. Trois jours après l'enlèvement des neuf garçons, une délégation des familles des victimes d'environ six personnes, conduite par leur porte-parole M. Bethuel Kouatou, frère de deux victimes disparues, est venue pour rencontrer le Cardinal.

Pouvez-vous nous dire comment l'Eglise a mené son enquête ?

Notre enquête n'est pas partie de rien. Elle a été conjointement menée avec celle des familles éplorées. Là où elles sont allées, J'y suis aussi allé. J'ai essayé de contacter dans la mesure du Possible quelques autorités des lieux de détention à Douala. I faut reconnaître que dans 90 % des cas, j'ai reçu un refus de non recevoir en ce qui concerne la disparition des jeunes dont i est question.

Y a-t-il en ce moment un espoir de retrouver ces jeunes vivants?

Au moment où nous parlons, je peux affirmer sans risque de me tromper, qu'après plus d'un mois de détention, les neuf garçons de ne sont plus de ce monde. Vous avez lu ou entendu parler de la déclaration de l'ACAT. Elle n'est pas une allégation qui tient de la fumigation. Les neuf garçons de Bepanda ne sont plus de ce monde. Car si ce n'était pas le cas, le pouvoir policier et barbare qui gouverne le Cameroun nous les aurait montrés. Donc, il n'y a plus espoir. Dommage pour les familles et honte pour le Commandement Opérationnel.

Une source contradictoire a affirmé dans son rapport que les corps de neuf jeunes gens ont été incinérés à l'acide. Avez-vous des informations là-dessus ?

A propos de l'incinération des corps des victimes, je n'ai pas personnellement, d'après mes recherches et sources d'informations, une preuve matérielle formelle. Mais, j'ose croire que ceux qui l'ont affirmé, ne l'ont pas fait pour le plaisir de faire vendre le papier à un journal. Je crois qu'ils sont bien informés, c'est pourquoi ils l'ont dit. Attendons; que ceux qui ont allumé ce " four crématoire " du début du 3ème millénaire nous disent le contraire. Même si les corps n'ont pas été incinérés, je pense que cette manière de faire est digne des nazis.

Dans cette affaire pleine de vérités et de contre-vérités, l'Eglise a-t-elle pris des précautions pour ne pas tomber dans le piège des manipulations ?

L'Eglise prend toujours des précautions pour toute affaire dont elle ne dispose pas des preuves vérifiées par elle. Mais la plus formelle de ces précautions est la patience qui est parfois mal interprétée. On garde le silence pour mieux travailler discrètement et sûrement. Qui sait attendre a plus de chance de tomber sur la voie de la vérité. Trop de raisonnement et peu d'observation conduit à l'impasse, tandis que le contraire conduit à la vérité. Dans le cas qui nous préoccupe, je ne crois pas que la manipulation a été notre intention.

Dans votre enquête, avez-vous tenté de rencontrer Mlle Annick Souki ou le Capitaine Aba Jean Jacques les deux auteurs de cette tragédie ?

Plus d'une fois, j'ai fait des démarches auprès de ceux que l'on m'a présenté comme proches parents de Mlle Souki (l'auteur du drame actuel) pour la rencontrer personnellement. Mais tout le monde m'a déclaré la main sur le cœur qu'on n'avait aucune nouvelle d'elle. On ne sait pas exactement où est-ce qu'elle se cache. En effet, après l'arrestation des jeunes gens, elle a fui le quartier. D'autres sources disent qu'elle se cacherait Ngaoundéré, d'autres encore qu'elle serait partie à Mbalmayo. Une fois à mon bureau, j'ai reçu la visite d'une jeune femme qui s'était présentée comme sa cousine. Elle voulait me rencontrer. Je lui ai donné un rendez-vous pour le lendemain parce qu'elle disait être très pressée. Jusqu'à ce jour, je n'ai plus jamais revue cette femme. Quant au fameux capitaine Aba Jean Jacques, à chaque fois que je l'ai cherché, on m'a toujours répondu qu'il n'était pas en place !

Une bouteille de gaz vaut-elle neuf vies humaines ?

Le défenseur des droits de l’homme Nyebe Edoa a pris le peine de nous proposer cet extrait

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