Scandale Foncière : Un soulèvement populaire en préparation au Cameroun

Révolution Préparataion Yaoundé Image d'archives

Wed, 13 May 2026 Source: www.camerounweb.com

La gestion du ministère camerounais des Domaines, du Cadastre et des Affaires foncières est présentée comme un foyer de corruption et de conflits fonciers. Le ministre Henri Eyebe Ayissi est accusé d’avoir aggravé cette situation depuis sa nomination en 2019 par Paul Biya. L’affaire se concentre principalement sur un litige foncier autour du complexe sportif d’Complexe sportif d'Olembé. Selon des indiscrétions, les fils du ministre auraient bénéficié de terrains dans cette zone et auraient exercé des pressions après la décision de rétrocession du site au ministère des Sports. On dénonce également des décisions administratives contradictoires autour de plusieurs titres fonciers, malgré des décisions déjà rendues par la Cour suprême.

Au Cameroun, selon de nombreux observateurs, le ministère des Domaines, du Cadastre et des Affaires Foncières (MINDCAF) a toujours été perçu comme un environnement malsain, terrain de prédilection de la corruption, de la mafia et d'une cruauté humaine capable de déshériter des familles entières de leur patrimoine ancestral.

Le 4 janvier 2019, lors d’un remaniement post-électoral, Paul Biya limogeait feu Jacqueline Koung à Bessike pour nommer Henri Eyebe Ayissi. Appelé par le chef de l’État comme un « sapeur-pompier » censé nettoyer les écuries d’Augias, l’homme fort de Mbelé (arrondissement d’Obala) est curieusement devenu le pire cauchemar des propriétaires terriens. Sept ans après sa nomination à la tête de ce département névralgique, le bilan est lourd : corruption, rapts fonciers, refus catégorique d’exécuter les décisions de justice et mépris caractérisé vis-à-vis de la Cour Suprême. Entre incompétence avérée, rétropédalages spectaculaires et scandales à répétition, le sapeur-pompier semble désormais plus dangereux que le feu qu'il devait éteindre.

Le scandale d'Olembé : une affaire de famille

Tout s'accélère le 9 mars 2026, lorsque le Ministre d’État, Secrétaire Général de la Présidence de la République (SGPR), adresse une correspondance au MINDCAF lui demandant de rétrocéder le site du complexe sportif d’Olembé au ministère des Sports (MINSEP).

Cette nouvelle a l'effet d'une décharge électrique pour les deux fils du ministre : Serge Eyebe, en service à l’hôpital de référence de Sangmélima, et son frère cadet Henri Eyebe (alias "Jojo"), résidant au Canada. Il faut rappeler que les deux fils avaient déjà bénéficié de plus de 6 hectares sur les 100 appartenant initialement au MINSEP. Refusant d'avaler cette pilule amère, le cadet est rentré précipitamment au Cameroun. Ensemble, ils auraient fait pression sur leur père pour trouver une solution à ce qu'ils considèrent comme une humiliation.

Une "Danse Bafia" administrative

C’est ainsi que, mû par l’affection paternelle, le patron politique de la Lekié aurait transféré l’administration du MINDCAF au sein de sa résidence privée de Bastos. Les 57 hectares issus du titre foncier numéro 45132/Mfoundi sont alors devenus l’objet d’une véritable errance administrative.

Pour tenter de contenter ses enfants, le ministre a multiplié les décisions contradictoires, réduisant le droit public à sa plus simple expression :

- 23 mars 2019 : Exécution d’une décision de justice suspendant les effets du titre foncier de l’État (n°01733/Mfoundi).

- 8 août 2023 : Réhabilitation des 57 hectares au profit de la famille Mbeng Raphaël et consorts (TF 45132).

- 8 janvier 2026 : Annulation de ce même titre foncier.

- 27 février 2026 : Réhabilitation du titre lors d’une réunion technique.

- 30 avril 2026 : Nouvelle annulation du titre.

Cette "danse Bafia" administrative démontre la légèreté d’un ministre devenu otage d'intérêts privés, au mépris de l’éthique professionnelle. En réalité, Eyebe Ayissi semble vouloir compenser le "préjudice" causé à ses fils par la rétrocession du site d’Olembé.

Vers une fin de règne judiciaire ?

Pourtant, la Cour Suprême, plus haute juridiction du pays, avait déjà tranché cette affaire avec grosse et expédition à l’appui. Pourquoi cet acharnement sur ce terrain précis ? Le ministre nourrit-il le projet d'y construire son village de retraite ?

Ces questions taraudent l'esprit des Camerounais qui voient en ce haut commis de l’État des signes d'un épuisement moral et professionnel. À l’approche d’un remaniement ministériel, beaucoup estiment que Paul Biya devrait se défaire de ce collaborateur. Une enquête rigoureuse sur ses dérives pourrait bien conduire Henri Eyebe Ayissi directement à la prison centrale de Kondengui. Ironie du sort : il avait lui-même actionné les leviers pour y envoyer sa devancière avant que la mort ne l'emporte. Aujourd'hui, il est à son tour trempé jusqu'au cou.

Affaire à suivre.

Paul Chouta

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