Il portait le titre de coordonnateur national de la campagne présidentielle. Mais selon les révélations exclusives de Jeune Afrique publiées ce 28 mai 2026, ce titre n'était que de façade. Pendant qu'Issa Tchiroma Bakary contestait les résultats dans les rues et que Maurice Kamto saisissait l'Union Africaine, Jean Nkuete — Secrétaire Général du RDPC depuis quinze ans — vivait de l'intérieur l'une des humiliations politiques les plus documentées de l'histoire récente du parti présidentiel camerounais. Et Jeune Afrique en révèle tous les détails.
La révélation centrale de Jeune Afrique sur la présidentielle d'octobre 2025 est d'une précision clinique. Le poste de coordonnateur national de la campagne, «que Paul Biya avait attribué à Jean Nkuete, a pris une apparence purement honorifique». Le Secrétaire Général du parti présidentiel était «tenu à distance des décisions sur l'agenda du candidat» — réduisant sa fonction à un titre sans contenu réel. Un général sans armée. Un coordonnateur sans coordination.
Mais ce n'est pas tout. Jeune Afrique révèle l'épisode symbolique qui a achevé de saper l'autorité de Nkuete aux yeux des cadres et des militants : «une audience que lui a accordée Ferdinand Ngoh Ngoh en amont de la campagne, et dont la vidéo a opportunément «fuité»». Une mise en scène — délibérée ou non — qui montrait le Secrétaire Général du premier parti du Cameroun reçu en audience par le Secrétaire Général de la Présidence. L'ordre protocolaire inversé. Le message politique immédiat : Ngoh Ngoh est au-dessus de Nkuete, même sur le terrain partisan. «Semant le doute dans l'esprit des cadres et des militants», note sobrement Jeune Afrique.
Le résultat le plus accablant pour Jean Nkuete ne vient pas des régions anglophones ou du Nord — terrains historiquement difficiles pour le RDPC. Il vient de son propre fief. Selon les données révélées par Jeune Afrique, dans la Menoua, département de l'Ouest dont Nkuete est l'un des fils les plus illustres, le RDPC n'a obtenu que 22,48% des suffrages lors de la présidentielle — contre 68,74% pour Issa Tchiroma Bakary. Un écrasement dans les terres mêmes de son patron de campagne.
«Malgré l'absence de l'opposant Maurice Kamto», précise Jeune Afrique — signifiant que même sans son challenger habituel, le RDPC a été laminé dans la Menoua. Cette contre-performance chiffrée a fourni à un groupe de cadres du RDPC — «pour la plupart issus de l'ethnie des Béti, à laquelle appartient le président Biya» — la munition qu'ils cherchaient : une note adressée à la fin de 2025 au Chef de l'État, «reprochant à Jean Nkuete de ne pas avoir tenu son bastion de l'Ouest». Les Béti du parti ont ouvertement mis en cause l'un des leurs pour mieux préparer sa succession.
Le relâchement des responsables de campagne : une conséquence directe
Jeune Afrique établit un lien de causalité que les apparatchiks du RDPC s'efforcent habituellement de nier : la marginalisation de Nkuete pendant la campagne a directement produit un «relâchement des responsables de campagne» — qui s'est traduit «dans les urnes, par un résultat étriqué» pour Paul Biya. Un Président qui n'a pu tenir «qu'un seul et unique meeting, à Maroua» pendant toute la campagne. Une stratégie «peu claire». Et un parti dont l'appareil de mobilisation a calé faute de direction réelle. Nkuete paie aujourd'hui le prix de cette désorganisation — dont il n'était peut-être pas l'architecte, mais dont il porte la responsabilité formelle.