RDPC : la guerre Nkuete/Ngoh Ngoh qui a fracturé le parti au pouvoir lors de la présidentielle de 2025

Biya Reunion Etoudi Mvondo Ngoh Image illustrative

Fri, 29 May 2026 Source: www.camerounweb.com

Il y a des rivalités qui s'exercent dans l'ombre et qui n'apparaissent au grand jour que lorsque leurs conséquences deviennent impossibles à masquer. La rivalité entre Jean Nkuete, Secrétaire Général du RDPC, et Ferdinand Ngoh Ngoh, Secrétaire Général de la Présidence de la République, appartient à cette catégorie. Pendant des années, elle a couvé sous les cendres de la bureaucratie camerounaise. Puis est venue la présidentielle d'octobre 2025. Et selon les révélations exclusives de Jeune Afrique publiées ce 28 mai, ce qui s'est passé alors a été «quelque chose d'inédit» — une confrontation ouverte entre les deux hommes les plus puissants de l'appareil politico-administratif camerounais, sur le terrain même de la campagne présidentielle.

Pour comprendre la profondeur de cette rivalité, Jeune Afrique pose le cadre institutionnel. D'un côté, Jean Nkuete — numéro deux du RDPC, patron du parti depuis quinze ans, théoriquement en charge de la mobilisation électorale. De l'autre, Ferdinand Ngoh Ngoh — Secrétaire Général de la Présidence, jusque-là «cantonné à la gestion administrative» selon un observateur politique cité par le journal. La campagne présidentielle de 2025 a été le terrain où ces deux sphères d'influence se sont heurtées frontalement pour la première fois.

«On a assisté à quelque chose d'inédit, à une sorte de concurrence entre Jean Nkuete et Ferdinand Ngoh Ngoh», révèle Jeune Afrique à travers cet observateur politique — notant que Ngoh Ngoh «était jusque-là cantonné à la gestion administrative» mais avait décidé, pour la première fois, d'empiéter sur le territoire partisan de Nkuete. «À la tête d'un étrange comité stratégique, il avait multiplié les rencontres avec des dignitaires issus des différentes régions du pays» — construisant un réseau de campagne parallèle, concurrent de celui du Secrétaire Général du parti. Deux machines de guerre pour un seul candidat. Un candidat qui en a pâti.

Jeune Afrique révèle le moment symbolique le plus parlant de cette guerre souterraine — et le plus éloquent sur les rapports de force réels entre les deux hommes. Avant la campagne, Ferdinand Ngoh Ngoh accorde une audience à Jean Nkuete. Et la vidéo de cette audience «fuité opportunément» — selon les guillemets qui signalent la délibération probable de la fuite. Un Secrétaire Général de la Présidence qui reçoit le Secrétaire Général du parti présidentiel comme s'il était son subordonné. Une hiérarchie inversée, mise en scène et diffusée.

Le mot «opportunément» utilisé par Jeune Afrique est un signe d'accusation à peine voilé : cette fuite n'était pas un accident. Elle était un message — adressé aux cadres du RDPC, aux militants, aux observateurs. Elle disait : Ngoh Ngoh est au-dessus de Nkuete. Y compris sur le terrain partisan. Une humiliation publique soigneusement orchestrée, aux conséquences directes sur la dynamique de campagne.

Le «résultat étriqué» : les fractures internes traduites dans les urnes

Jeune Afrique établit un lien de causalité direct entre la guerre Nkuete/Ngoh Ngoh et les résultats électoraux. La concurrence entre les deux hommes «a entraîné un relâchement des responsables de campagne» sur le terrain — chaque camp attendant les instructions de son patron respectif, sans coordination entre eux. Le résultat : «un résultat étriqué — et toujours contesté par l'opposant Issa Tchiroma Bakary». Un Président réélu avec les marges les plus faibles de son histoire politique. Et un RDPC dont la machine électorale, en panne de commandement unifié, a livré une performance qui reste dans les mémoires pour les mauvaises raisons.

La guerre Nkuete/Ngoh Ngoh ne s'est pas apaisée avec la fin de la campagne. Jeune Afrique révèle que c'est encore Ngoh Ngoh qui a été chargé par Paul Biya, en mars 2026, d'«annoncer à Cavayé Yéguié Djibril et à Marcel Niat Njifenji les changements envisagés à la tête des deux chambres» — confirmant sa primauté sur toutes les décisions politiques majeures, y compris celles qui auraient dû relever de la sphère partisane de Nkuete. Et la création de la Vice-Présidence — décision politique majeure dont Jeune Afrique confirme qu'elle s'est faite «sans que ce choix relève d'un congrès du parti» — est une nouvelle marginalisation du RDPC et de son Secrétaire Général.

Dans ce contexte, la question que Jeune Afrique pose en conclusion de son enquête prend toute sa dimension : «Nkuete est-il encore l'homme de la situation ?» La vraie réponse n'appartient qu'à un homme — Paul Biya. Et jusqu'à ce qu'il parle, les deux Secrétaires Généraux continueront de se regarder en chiens de faïence, pendant que le Cameroun attend son Vice-Président, son remaniement et son renouvellement.

Source: www.camerounweb.com